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Mot clé : EUROPE

02/12/2019 – BREXIT – Philippe Bernard

Correspondant du Monde au Royaume Uni de 2014 à 2019

Exposé

Le Brexit aura lieu mais les négociations vont durer longtemps. Les élections à venir du 12 décembre ne sont qu’une péripétie d’une histoire au long cours. Voici bientôt quatre ans que par référendum les britanniques ont voté à 51,9 % pour la sortie de l’UE.

Overdose du mot « Brexit » : 4060 articles du « Monde » avec le mot Brexit. Exaspération des Britanniques avec trois élections législatives en 2015 (Cameron), en 2017 (May) et dans quelques jours en 2019 (Johnson).

Je retire trois leçons fondamentales de mon passage à Londres :

  1. Pas de cause unique du Brexit mais tout à la fois :
  2. La singularité britannique par rapport au continent pendant WW2
  3. La crise sociale née de la crise de 2008 qui a créé une hargne anti-élite particulièrement forte dans le nord du Royaume
  4. L’élargissement de l’UE aux ex-pays de l’Europe de l’est avec l’ouverture du Royaume aux travailleurs européens : 1 M de polonais sont arrivés dans l’UK.
  5. Nostalgie de l’époque de gloire où le soleil ne se couchait jamais sur l’empire
  6. Le Brexit s’inscrit dans la montée générale des nationalismes et populismes, de la crise des représentations, des réseaux sociaux etc….
  7. Il est peu probable que les Britanniques reviennent sur leur choix du 23 juin 2016.

lls sont peu habitués au référendum. Après celui de 1975 sur l’adhésion à l’UE, celui de 2016 est le premier à avoir une issue contraire au vœu de son promoteur, D. Cameron. L’idée germait en lui depuis longtemps, déjà en 2007 pour contrer le New Labour de Tony Blair et alors que la pétition de 80 députés conservateurs réclamant une sortie de l’UE le mettait en position délicate. Il n’est sauvé en 2010 que grâce à l’appui des LibDems.

Par ailleurs les conservateurs ont été bousculés sur leur droite par l’UKIP de Nigel Farage qui instrumentalise le ressentiment contre les migrants de l’Europe de l’Est. Il promet d’organiser un référendum. En 2013 son parti fait 27,49% des voix aux européennes. En 2015 Cameron met donc le référendum au cœur de sa campagne des législatives, mais, obtenant la majorité absolue pour son parti, il n’a plus besoin des LibDems dont il pensait qu’ils lui fourniraient un argument pour différer le référendum.

Il imagine alors d’utiliser le référendum comme moyen de pression pour obtenir davantage de compensations de l’UE mais refuse de dévoiler sa position personnelle. A. Merkel est très hostile à tout affaiblissement de l’UE et ne lâche pas grand-chose, notamment sur la libre circulation des migrants. Résultat, le Brexit l’emporte !

Tous les autres candidats se désistant, Theresa May lui succède sans aucun vote. Candidate de compromis, elle se révèle sans charisme ni stratégie et commet de nombreuses erreurs :

  • Elle déclenche en mars 2017 l’article 50 du traité de Lisbonne limitant à deux ans le délai pour sortir de l’UE avec, à défaut d’accord, une sortie sans accord.
  • Elle mésestime les rapports de force entre l’UK et les 27.
  • Elle n’essaie pas de trouver un terrain d’entente avec l’opposition. Jeremy Corbyn en profite à plein en 2017 avec un programme très tiré à gauche et elle perd sa majorité ce qui l’oblige à s’entendre avec le DUP de l’Ulster (Democratic Unionist Party) pour rester en place. Elle plaide qu’un mauvais accord (avec l’UE) vaut mieux qu’aucun accord et fait beaucoup de concessions au DUP, obligeant les 27 à demander la mise en place du backstop à pour concilier la sortie de l’UE et la fluidité du marché. Elle obtient ou concède le maintien de l’Ulster dans le marché commun. Mais les Unionistes ne veulent pas de frontière en mer et T. May accepte le maintien du Royaume Uni dans l’Union douanière. Cet accord est rejeté tris fois pas le Parlement. T. May est alors obligée de demander un report de l’échéance jusqu’au 30 octobre pour arriver à trouver un accord. Faute d’accord à l’échéance, elle démissionne et cède la place à Boris Johnson (BoJo).

Résultat, trois années après le référendum, un peuple plus divisé que jamais et des citoyens furieux des deux côtés ! Le Parlement sort affaibli et déconsidéré avec une question posée sur le rapport entre souveraineté parlementaire et souveraineté populaire. Toute l’énergie a été consacrée au Brexit et on n’a plus rien fait d’autre. La croissance faiblit.

BoJo est l’inverse exact de T. May. Son franc parler est populaire. Il est apprécié des ultra-conservateurs. Mais ce n’est pas qu’un changement de style. Il joue franchement la carte du peuple contre le Parlement et reste toujours en tête des sondages.

Il s’est certes parjuré en demandant un nouveau report. Il a obtenu une renégociation de l’accord obtenu par T. May. Il a lâché le DUP et accepté le contrôle en mer d’Irlande contre le DUP. Il fait rêver avec sa stratégie de paradis fiscal et refuse de s’engager avec l’UE, comme l’acceptait T. May, dans un processus de convergence fiscale et sociale. Son discours tend ainsi vers un populisme mâtiné de nationalisme. Il rend les enjeux plus clairs. Dans son esprit, l’UK va se poser en concurrente de l’UE avec un avenir radieux par un retour au libre échangisme.

Les élections du 12 décembre 2019. Pendant longtemps il n’en a pas voulu. Il a réussi à obtenir un vote favorable du Parlement sur son nouveau « deal » et Nigel Farage lui a fait un grand cadeau en retirant tous ses candidats dans les circonscriptions où se présente un conservateur. Tout va tenir à sa capacité de tenir le Brexit au centre du débat électoral. La campagne de J. Corbyn, très à gauche, ne lui nuit pas beaucoup. Elle masque mal les divergences internes sur le problème même du Brexit. J. Corbyn est plutôt favorable au Brexit mais son discours est devenu inaudible. Il est très attaqué par la presse. Sa popularité est la plus faible de celles des grands leaders d’opposition du passé (43% pour BoJo, 33% pour le Labour).

En conclusion, BoJo devrait gagner si l’élection. Mais prudence face aux surprises que peut réserver le système majoritaire à un tour…. Ce ne sera pas la fin du problème mais le point de départ de la négociation commerciale avec l’UE (qui mettra son unité à rude épreuve). Difficile de savoir combien elle durera. Une période de transition est prévue jusqu’en fin 2020 avec des menaces de No deal qui risquent de ressurgir et de mal se terminer.

Débat

                Q1.  Sort des expatriés européens ?

R. Bien prévu dans le  deal

                Q2. Pourquoi BoJo a -il obtenu ce qui avait été refusé à T. May ?

R.  T. May n’avait pas de stratégie claire. Elle était prise en otage par le DUP.

                Q3. Les Britanniques ne vont-ils pas se révolter au risque de provoquer une politique « thatchérienne ?

R.  BoJo a clarifié les enjeux. La menace sur les emplois due à la concurrence européenne est restée en arrière-plan.

                Q4.  Pourquoi la question de la frontière entre l’Ulster et la République d’Irlande joue-t-elle un rôle si important ?

R.  La frontière date de 1920. Le lien entre absence de frontière et paix est très fort. Les accords du vendredi saint (1998) donnaient des gages aux deux parties : que vous soyez républicain catholique ou protestant unioniste vous pourrez aller à Dublin et revenir librement. Effacement total des frontières entre communautés : tout le monde a les mêmes droits quelle que soit sa religion …

                Q5.  L’Écosse va-t-elle se séparer du Royaume Uni ? les Britanniques s’en sortiront ils assez bien des négociations à venir car la City est un atout considérable ? Quid des effets du Brexit vus par Bruxelles ? Qu’en pensent les Britanniques qui vivent en Europe ?

R.  Le référendum de 2014 donnait une Écosse favorable à l’indépendance et rejetant le Brexit (65/45). La première Ministre écossaise gère la question avec prudence. 1/3 de son parti a voté pour le Brexit (car plus de pêcheurs européens dans les eaux écossaises). La perspective de réunification de l’Irlande est plus proche que celle de l’indépendance de l’Écosse.

Résultat du Brexit pour les Anglais ? Cela dépendra des résultats de BoJo. Ce sera la grosse affaire des années à venir : comment concilier sa double prétention : accès libre au marché européen et faire du Royaume un paradis fiscal.

La question de la City est centrale ; la City est énorme comparée aux places de Francfort ou de Paris. Mais les accords de libre-échange n’incluent pas les services.

Le Brexit vu par l’UE ? Le Brexit s’est transformé en un drame politique en Angleterre. En cas de No deal, l’impact sera plus fort en UK. (40% des exports du Royaume se font vers l’UE contre15% dans l’autre sens).

Les Britanniques de l’UE sont en général pro-européens et d’autant plus en colère qu’une loi fait que les expatriés depuis plus de 15 ans n’ont plus droit de votre en UK.

                Q6.  La moitié des anglais avait voté contre le Brexit en 2016. Tout le capharnaüm actuel devrait renforcer leur position. Beaucoup d’Anglais pensent que le Brexit serait une c…. Comment se fait-il qu’ils ne soient pas les plus forts ?

R.  Les manifs des anti-Brexit montrent de façon pathétique qu’ils n’ont pas de leaders pour les représenter. Les libDems n’ont pas beaucoup de poids. Et puis les Britanniques sont plus légalistes et loyalistes que nous : beaucoup de pro-européens ne veulent pas contrarier la volonté qui s’est exprimée. Il y a aussi un fond de fierté nationaliste qui est à l’œuvre.

                Q7.  Impact sur les politiques migratoires ? Remise en cause des accords de Dublin (et de celui du Touquet) ?

R.  Les accords du Touquet sont des accords bilatéraux qui n’ont rien à voir avec l’UE et le Brexit. On ne les bougera pas : Quand Sarkozy a négocié le démantèlement de Sangatte, il a négocié une contrepartie avec l’UK. (Laquelle ? Mystère). Les liens entre français et anglais sont nombreux. Les démanteler est impossible. Le budget de l’ASE a été augmenté. BoJo s’en est félicité et y participera.

Si les contrôles ont lieu en aval du tunnel, la situation deviendra vite incontrôlable.

                Q8.  Travail de Michel Barnier ?

R.  Michel Barnier s’est très bien débrouillé. Il a évité d’être piégé en refusant d’engager la négociation commerciale avant d’avoir un accord clair sur les trois préalables (déclanchement de l’article 50 di traité de Lisbonne, calendrier et financement de la sortie).  Le marché unique ne peut supporter de trous dans le filet et il a su jouer de la crainte de la contrebande. L’unité des 27 a tenu bon, mais rien ne dit qu’elle ne posera pas des problèmes demain dans la négociation commerciale (Comment combiner accès libre au marché avec en arrière-plan l’idée de faire du dumping fiscal et social ? Risques de divisions au sein des 27 sur les priorités commerciales).

                Q9.  Quel sont les premiers sujets qui viendront en négociation après la sortie ?

R.  Services financiers et pêche.

                Q10.  Une coalition Labour-LibDems est-elle envisageable ?

R.  Non. Mais BoJo n’a aucune réserve de voix. Il faut qu’il trouve une majorité tout seul D’un autre côté, on voit mal le Labour hostile à l’indépendance de l’Écosse, s’alliant au SNP.

                Q11.  Position des USA ? Ont-ils tout à gagner du Brexit ?

R.  Le sentiment anti-américain est beaucoup plus fort en UK qu’en France.

                Q12.  Sans aucune majorité au Parlement que se passera-t-il ?

R.  Ce serait le chaos sauf référendum possible avec une majorité relative.

                Q13.  Comment réagit le Commonwealth sur le Brexit ?

R.  Inde : «OK on va faire des affaires, mais vous allez nous donner des visas ! »

                Q14.  Impact du Brexit sur les questions de Défense ? Changement pour l’OTAN ?

R.  Théoriquement aucun. Les accords de Lancaster House entre la France et l’UK sont des accords bilatéraux. Les Britanniques vont contribuer à un budget européen pour l’IED (Initiative européenne de défense)

                Q15.  Les anglais font 80% de la population du Royaume Uni. Retrouve-t-on la même proportion au Parlement ?

R.  Oui. Le Brexit est analysé comme un abcès de nationalisme anglais. Quant à la Reine, on peut lui faire dire tout et son contraire.

Préserver l’unité de notre continent ne sera pas facile : Polonais et Roumains sont des sources de xénophobie….

                                                                                                                                              Gérard Piketty

07/10/2019 – Les populismes – Marc Lazar

Exposé

Le populisme est-il contagieux ? Tout le monde en parle. C’est un mot-valise. Je vais me concentrer sur l’Europe. Qu’entend-on par « populisme » ? Immense production scientifique à ce sujet. Deux grandes interprétations :

  1. Ceux qui considèrent que c’est une idéologie. Interprétation séduisante pour voir ce qui s’est développé depuis le XVIIIème siècle mais on saisit mal son corpus doctrinal
  2. Ceux qui considèrent que c‘est avant tout un style. Il peut alors se combiner avec des partis traditionnels. Le communisme a une composante populiste contrebalancée par de l’idéologie. On pourrait en dire autant du gaullisme, du fascisme. Un style populiste existe en soi avec le mouvement « cinq étoiles ».

Il y a une histoire du populisme (en France avec Boulanger, les ligues des années 30s, le poujadisme). Il faut distinguer aujourd’hui plusieurs types de populisme :

  • Un populisme d’extrême droite, le plus fréquent aujourd’hui (AFD en Allemagne…)
  • Un populisme de gauche (Syrisa en Grèce, LFI en France, Podemos en Espagne …)
  • Un populisme nationaliste
  • Un populisme du chef d’entreprise qui rentre en politique (Berlusconi, Trump..).

il ne faut pas le prendre comme un ensemble homogène. Il y a de grandes divergences entre eux, sur l’organisation politique par exemple (RN très différent de Cinq étoiles qui a créé l’horizontalité, une structure très souple avec un chef). La sociologie aussi divise : Le populisme de gauche est généralement plus jeune et plus instruit. La référence négative à l’Islam n’existe pas à gauche. À droite, elle n’apparaît que pour faire ressortir les racines chrétiennes des sociétés européennes. Ce n’est  toutefois pas la position de Marine Le Pen pour qui le rejet l’Islam s’exprime par la défense de la laïcité.

Les différents populismes ne parlent pas du même peuple. À droite, ce sont « les gens » (the common people, la plebs). Pour d’autres, c’est le populus, le peuple citoyen. Pour Berlusconi, c’est le peuple consommateur…

Il y a toujours opposition frontale entre les populismes et les élites qui « complotent en permanence » contre le peuple (« l’enfumage » des Gilets Jaunes). Il n’y a pas de problèmes compliqués et il n’y a que des solutions simples. Hostilité partout à la démocratie représentative. Vision binaire sur tout. Jamais dans la nuance. Opposition à l’UE, aux étrangers.

Dans le passé, les accès populistes étaient de courte durée.  La nouveauté est qu’ils s’installent dans la durée. Par défiance du politique, par défiance culturelle aussi conduisant à une inquiétude vis-à-vis de l’immigration régulière ou clandestine avec des fantasmes sur le nombre des migrants. Les deux modèles d’immigration sont en crise, modèle d’intégration à la française ou modèle multiculturel (le Danemark en revient !). Peur de l’Islam. Une interrogation se développe : qu’est-on au juste dans une société de plus en plus fragmentée ?

Impact de ces populismes sur les démocraties ? lls se heurtent encore à l’état de droit comme on peut le voir en UK ou aux USA. Ils sont divisés sur beaucoup de choses, incapables de former un groupe unique au Parlement Européen.

Mais la « démocratie du public » (télévision) se développe à la fin du XXème siècle. Une peuplocratie bouscule en permanence les institutions au nom d’une « démocratie de l’immédiateté et de l’urgence » qui se passe des corps intermédiaires et impose son style. Cette dynamique se développe. Comme le dit Nicolas Baverez, l’état de droit n’est pas suffisant, il faut régler le problème de la défiance politique et culturelle.

Alternatives ou parades se trouveront dans la capacité des démocraties représentatives à se réformer au profit d’une démocratie participative complémentaire de la démocratie représentative. La mise sur pied d’une convention citoyenne sur le climat en est un exemmple. À défaut on voit ce qui se passe en Hongrie et en Pologne : réduction du pouvoir de la presse, réécriture du récit historique. Orban essaie d’être le plus cohérent avec son concept de démocratie illibérale. On ne le prend pas assez en considération.

Débat

                Q1. Place de la question climatique dans les populismes ?

R.  Elle est faible dans les populismes de droite. À gauche, on l’a tout de suite intégrée. Les populismes des « chefs d’entreprise » s’en fichent. Pour les Gilets Jaunes, on s’intéresse d’abord à la fin du mois.

– Les GJ constituent une forme de populisme sociétal. Ce sont des gens qui ont des jobs modestes. Peu de chômeurs. Beaucoup d’autoentrepreneurs. Peu instruits, généralement au bord de la périphérie, des femmes seules divorcées ou non. Aussi des retraités. La plupart s’abstiennent dans les élections ou votent Marine Le Pen puis Mélenchon.

Détestent le président de la république, Emmanuel (Louis XVI dans leur imaginaire) et Brigitte Macron (Marie-Antoinette). Un mot d’ordre : le RIC, clé de la solution de tous les problèmes.

Mais refus des leaders, surtout si c’est une femme ce qui constitue une différence avec ls populismes politiques.

Peu de rejet des immigrés.

                Q2. Comment expliquer leur opposition à tout groupe structuré que l’on constate aussi du côté du Pouvoir où l’on ne compte que sur des individus isolés ? Que pensez-vous de la personnalisation de Greta Thunberg ?

R.  Il y a une Dynamique d’individualisation à l’œuvre dans nos sociétés (moins de syndicats, de partis). Dissociation de l’adhésion associative d’avec la politique.

Pour les GJ, toutes les enquêtes montrent ce que cela représente pour eux le mouvement en termes de sociabilité, mais pas de poussée anticapitaliste ou anti patrons. Les ronds-points rendent visibles des gens qui se croyaient invisibles. Les GJ constituent le mouvement social le plus important que nous ayons connu. Cela ne disparaîtra pas du jour au lendemain. On risque de se retrouver derrière des leaders.

Greta Thunberg illustre le processus de personnalisation et de médiatisation qui nous emporte et auquel les jeunes sont très sensibles.

                Q3. Que penser de la vogue des référendums ?  Avec le référendum, on n’aurait pas fait la loi sur l’IVG !

R.  Tout peut-il relever du référendum ? Oui sur certaines questions ou sur les référendums consultatifs après les quels les députés votent en leur âme et conscience, ce qui est difficile à faire comprendre aux gens. Bref il ne peut être la solution de tout. C’est une illusion démocratique.

Il faut lire le livre de Yasha Munk :un tiers des européens penchent vers un régime plus autoritaire, surtout chez les jeunes.

                Q4. Ne faudrait-il pas construire un régime européen festif ?

R.  Nos démocraties sont en mutation sous des pressions contradictoires : 1//3 sont pour plus d’autoritarisme, 2/3 pensent à d’autres formes de démocratie.

L’émotion est très instrumentée par les populistes par opposition au discours technocratique ou rationnel. Il faut mettre de l’humain ! Aux élections les populistes ont progressé partout mais ils sont divisés. Le rôle de la Commission à venir va être très important car partout les pays membres souhaitent rester dans l’Union ou dans la zone Euro.

                Q5.  N’y a-t-il plus de problème compliqué ? Il y a un paradoxe entre l’élévation du niveau culturel et éducatif avec le simplisme des approches populistes. Comment on est-on arrivé là ? Les GJ sont des sans statuts ce qui ajoute à la difficulté.

R.  Une partie des GJ vient des parties basses du secteur public (échelles C et D). Il y a bien une élévation du niveau éducatif mais les inégalités se sont aussi creusées. Pour la majorité des français « c’est moins bien qu’avant » ! Il faut aussi prendre en compte la dimension de la défiance très profonde liée au creusement des inégalités. Je suis frappé par les écarts d’éducation. Beaucoup ont décroché. Il y a les gens « d’anywhere » et les gens de « somewhere » qui bougent peu et voient se creuser l’inégalité sociale et culturelle qui est pour eux le grand défi.

En 2017 le RN est le premier parti pour les jeunes avec beaucoup de jeunes sortis du système éducatif et des jeunes  des « facs de masse » alors que les jeunes de Sciences Po ou de l’ENS débutent à 55000 € nets et votent Macron.

                Q6.  Comment situez-vous Eric Zemmour ?

R.  Ce n’est pas un solitaire. Il vend à 300000 exemplaires. C’est l’extrême droite qui falsifie l’Histoire !

                Q7. Les populistes sont marginalisés parce que la société est prise dans un profond mouvement de transformation. Comment demander au loup et à la brebis de discuter ensemble ?

En Tunisie, on voit déjà la défiance totale envers les politiques après seulement 4 ans de démocratie.

R.  Comment éviter qu’un grand nombre de personnes ne soient écrasées par le processus de transformation/globalisation ? Il faudrait créer un « Erasmus » pour les exclus de l’école : envoyer en Allemagne un étudiant espagnol décroché …

L’exemple tunisien illustre le fait qu’il y a de nouveau un mouvement de divorce avec toutes les élites, pas seulement politiques. Cela pose le problème de sélection et de diversification des élites dirigeantes. Problème d’exemplarités.  Difficile de faire comprendre que la politique est un métier mais pas à vie. Il faut favoriser le retour à la vie professionnelle en évitant le « Non, ils se sont déjà assez sucrés ».

                Q8.  Problème de l’accélération médiatique.

R.  Oui, c’est le problème des chaînes d’information en continu plus développé en France qu’ailleurs.

J’étais récemment au RDV de l’Histoire à Blois où le thème était l’Italie. Selon un sondage récent, les français ont une bonne opinion de l’Italie alors que 30% des italiens ont une mauvaise opinion des français. Un sentiment antifrançais travaille les populistes italiens. Le problème des migrants y joue un grand rôle…

                                                                                                                                              Gérard Piketty

14/05/2018 – Allemagne : la grande coalition relancera-t-elle l’Europe ? Christian Sautter

Exposé

Nous devons abandonner une vision trop simpliste de l’Allemagne réduite à l’image des couples de dirigeants français et allemands qui ont jalonné l’histoire de la relation entre nos deux pays : De gaulle-Adenauer, Giscard-Schmidt, Mitterrand-Kohl, Sarkozy/Hollande/ Macron-Merkel .

En y regardant de plus près, les relations sont plus complexes car les peuples, les économies, les cultures sont différents.

–          Trois traditions façonnent lourdement l’approche allemande :

  1. La tradition du mercantilisme telle que formulée par Friedrich List (économiste allemand du XIXème siècle) selon laquelle le libre échange n’est bon que pour les pays déjà développés. Pour les autres il faut trouver des accommodements intelligents et se tourner résolument vers l’exportation. En bref il faut se protéger de la concurrence des pays plus développés tant que l’on n’est pas compétitif.

C’est elle qui a par exemple inspiré le Japon ou la Corée du Sud pour redresser leur économie après WWII et la guerre de Corée : flot croissant des exportations de voitures japonaises ou de pétroliers coréens à partir des années 70s mais impossibilité de vendre une voiture européenne au Japon à l’époque ou de commander un pétrolier dans un chantier de l’UE.

Cette tradition est déjà présente dans le fonctionnement et le développement de la ligue hanséatique au XII-XIIIème siècles.

Ainsi en Allemagne le développement d’un excédent commercial est une priorité alors qu’en France on parle plus volontiers de contrainte liée à l’équilibre du commerce extérieur. Aujourd’hui l’Allemagne a un excédent commercial de 245 G€ tandis que la France enregistre un déficit commercial de 45 G€.

  1. La mémoire de l’hyperinflation de 1923 (acheter son pain avec une brouette de billets qui perdait le jour même une bonne partie de sa valeur) qui a fait fondre l’épargne allemande en conséquence des réparations exigées par le traité de Versailles. Elle a réapparu en 1946-47 en laissant un très mauvais souvenir.
  2. La facture de la réunification. Kohl a alors décidé la parité entre les mark Ouest et Est ruinant l’industrie est-allemande et engendrant un transfert de 2000 G€ de l’ouest vers l’est. « On ne va pas refaire cela pour la Grèce » pensent les allemands.

Dans ce contexte est survenue la crise financière de 2008 partie des USA en raison d’une croissance débridée de « l’industrie financière ». Les allemands avaient sacrifié le mark à l’Euro pensant pouvoir faire une BCE calquée sur la Bundesbank. Grâce à M. Draghi, la pratique de la BCE nous a sauvés de la dépression main M. Draghi est près du départ et les allemands rêvent de le remplacer par le président de la Bundesbank alors que la crise a accentué les divisions entre le Noud et le Sud de l’UE.

–          Dans la crise grecque l’Allemagne avait deux idées en tête : Une première non dite de sauver les banques allemandes fortement détentrices d’obligations grecques (au rendement très élevé, contrepartie du risque pris). La dette publique auprès des banques privées a ainsi été transformée en dette envers la BCE.

La deuxième portée par W. Schauble était de pousser la Grèce à faire (comme l’Allemagne) de l’excédent budgétaire. Cela a été si bien fait que le FMI est intervenu pour modérer le mouvement jugeant la dette publique grecque irremboursable.

–          La crise de 2008 a stoppé la croissance de l’UE sauf en Allemagne qui avec son vieux réflexe mercantiliste s’est lancée avec succès dans la quête de débouchés hors de l’UE.

–          Mais A. Merkel a aussi sauvé l’honneur de l’UE en accueillant un million de réfugié en 2015.

Dans ce contexte comment répondre à la question posée : « La grande coalition allemande sera-t-elle au rendez-vous de l’Europe post-brexit ? »

E. Macron et A. Merkel ont promis de présenter au sommet de juin à Bruxelles un « paquet » de mesures propres à relancer l’UE alors que :

– Celle-ci se délite et qu’une nouvelle crise qu’on ne peut exclure la trouverait désarmée et risquerait d’être très dure, le levier de l’endettement étant épuisé.

–   l’UE doit faire face à une pression migratoire qui est une tendance lourde de l’Histoire.

– le Chine, reine du mercantilisme, se fait maintenant la championne du libre-échange car elle se pense désormais assez forte pour être la première partout.

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02/05/2017 – Quel avenir pour l’Europe ? Anne Macey

EXPOSE..

L’Europe vit une période d’épreuves difficiles : la montée des populismes, le Brexit et les négociations avec la Grande-Bretagne, le hiatus entre le discours des politiques à Bruxelles et chez eux devant leurs électeurs, la crise des migrants. Quel est l’avenir de l’Europe et faudra-t-il consolider l’espace Euro ?

Des penseurs dont Edgar Morin ne cessent de rappeler que l’Europe s’est faite de l’interaction de ses peuples et qu’il n’ y pas d’essence européenne qui devancerait ses divisions. C’est « un grand tohu-bohu de peuples opposés et associés » Ses frontières sont imprécises. La Russie ? la Turquie ? Elle a longtemps été divisée entre l’Orient et l’Occident, mais identifiée à la chrétienté. Elle a été faite d’antagonismes interagissant : foi et raison, humanisme et colonialisme, universalisme et européocentrisme.

Continent divisé par les Etats-Nations, morcelé par les guerres jusqu’au suicide des 2 dernières guerres mondiales. Mais elle a pris conscience d’une communauté de destins.

Le Brexit révélateur de 3 crises : identitaire, économique et sociale, démocratique avec la perte de confiance dans ses élites.

I Les négociations avec le Royaume-Uni après le BREXIT

A la suite du référendum de juin 2016, les négociations ont été ouvertes fin mars 2017 et dureront au moins jusqu’en 2019. Puis processus de ratification. On a tous intérêt à un retrait bien ordonné. L’Union Européenne est fondée sur 4 libertés de circulation : des biens, des services, des capitaux, des personnes.

3 questions principales :

1. Les droits des citoyens de l’Union au Royaume-Uni (4 à 5 millions) et des ressortissants du R-U dans l’Union Européenne. Leurs droits, leur retraite, leur accès à la sécurité sociale. Le principe est celui de réciprocité et de non-discrimination. Et les fonctionnaires européens anglais ?

2. Les questions budgétaires : la facture que doit régler le R.Uni = 60 milliards €. Mme May ne veut pas débourser un penny mais les Européens sont unis là-dessus. Pas de deal sans accord financier.

3. Les frontières : la question de l’Irlande .

Londres veut mener les négociations toutes ensemble. L’ambiance est glaciale entre Juncker et May. Pourtant nous avons des défis communs ! Mais au comportement comptable des Anglais, opposer une politique.

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30/01/2017 – Accueillir les migrants ? – Bruno Morel

Exposé

1/ quelques chiffres :

  • Arrivées de migrants en Europe via Méditerranée
  • 2008 : 59.000
  • 2010 : 9.654
  • 2012 : 22.439
  • 2014 : 216.054
  • 2015 : 1.015.078
  • 2016 : 352.822

Si diminution en 2016 :

  • Augmentation du nombre de morts ou disparus en Méditerranée : 3.771 en 2015 et 4.742 en 2016
  • Progression du nombre d’enfants (27 % en 2016)
  • Principaux pays : Syrie 26 %, Afghanistan 13 %, Niger 9 %, Irak 8 %, Érythrée 5 %
  • La demande d’asile

D’après les chiffres rendus publics en mars 2016 par Eurostat, l’organisme de statistique de l’Union européenne, la Syrie est actuellement le principal pays d’origine des demandeurs d’asile en Europe. Une position que le pays occupait déjà en 2013 et 2014. Conséquence directe de la guerre civile dans le pays, les Syriens ont été plus de 362 800 à demander la protection de l’Union européenne, soit environ 30% du nombre total de demandeurs. Le nombre d’Afghans a quasiment quadruplé (178 200 personnes) et celui d’Irakiens a été multiplié par sept (121 500 personnes).

Au sein de l’Union européenne, le pays recevant le plus grand nombre de demandes d’asile est, de loin, l’Allemagne. 441 800 demandes ont été déposées en 2015 (soit 35% de l’ensemble des demandes). La Hongrie a également reçu un grand nombre de demandes d’asile sur la même période (174 000), tout comme la Suède(156 100) et l’Autriche (85 500).

En France, 85.244 demandes enregistrées en 2016 (+ 6,5 % en 1 an) et 40 % correspondent à AFGHANISTAN, SOUDAN, SYRIE, ALBANIE et HAITI

  • Le contexte francilien

o   Constat fin de l’été 2014 par les équipes maraudes, dont celles d’EMMAÜS Solidarité, de campements sur les trottoirs parisiens.

o   Première évacuation du campement La Chapelle le 02/06/15, et avancées obtenues par EMMAÜS Solidarité (orientations vers des structures d’hébergement dans la durée et avec accompagnement).

o   Après la mort du petit Eylan, annonce du Président de la République en septembre 2015 : accueil 30.000 réfugiés en 2 ans. Ce ne sont pas plus de 3 500 migrants qui ont en effet été « relocalisés » dans l’Hexagone.

o   Entre le 2 juin 2015 et le 4 novembre 2016, 30 opérations de mise à l’abri ont été organisées et 23 000 offres d’hébergements proposées, essentiellement concentrées en Ile-de-France.

o   Gestion par EMMAÜS Solidarité de 5 structures dédiées (CHU Migrants) représentant 435 places, dont l’ancien Lycée Jean Quarré (ex positif) et le site de Forges les bains (ex négatif)

o   Malgré ces efforts, reconstitution des campements dans l’attente que de nouvelles places puissent être mobilisées.

o   D’où l’annonce le 31 mai 2016 par la Maire de Paris d’une structure de premier accueil humanitaire afin de pouvoir traiter les situations au fil de l’eau.

o   En amont de cette ouverture : Évacuation de Calais et  9000 places CAO (Centres d’Accueil et d’Orientation) créées

3 mois pour travailler un projet et s’accorder avec Ville de Paris et l’Etat

sur un protocole d’accord signé le 16/09/16

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