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Comptes rendus

06/05/2019 – Europe et Brexit – Christian Lequesne

Exposé
La question est plus compliquée qu’on ne le pensait : rebondissements incessants du débat intérieur à l’UK.
Pour le comprendre, il ne faut pas oublier le rapport particulier de l’UK avec l’Europe depuis 1945 : la promotion de l’idée d’« Europe » ne lui est pas nécessaire pour racheter le comportement anglais pendant WW2. Son ralliement à l’Union en 1973 s’est fait sur la base de la nécessité économique d’entrer dans le « grand marché », ce qui l’a d’ailleurs conduit ensuite à être systématiquement favorable à l’élargissement de l’Union. En revanche, l’UK n’a pas contribué ni à l’UEM (union économique et monétaire) ni en 1985 aux accords de Schengen.
Cette politique dite de « semi-detachment » n’a pas été politisée par les premiers ministres successifs qui s’intéressaient principalement aux politiques publiques de l’Union (les « policies »). Mais peu à peu le fait de ne pas parler d’un projet politique de l’Union à progressivement donné crédit dans l’opinion britannique à l’idée d’un projet caché. L’idée d’un référendum a commencé à germer dans les années 2000s, favorisée :
• Par les référendums français et hollandais sur le projet de traité constitutionnel de 2005,
• Par la décentralisation engagée en 96-97 par Tony Blair qui a débouché sur la consultation populaire sur l’indépendance de l’Écosse,
• Par la création en 2004 sur la droite du parti conservateur de l’UKIP de Nigel Farage qui a focalisé son discours sur la confiscation du débat public par les élites et a vite compris l’intérêt d’exploiter la question de l’immigration intra UE rendue plus facile en UK dès 2004 (1 million de polonais au lieu de 114 000 attendus. 300000 français à Londres).
L’UKIP a conduit a une certaine surenchère du parti conservateur de Cameron et à l’acculer finalement au référendum annoncé en 213 pour satisfaire les eurosceptiques du parti
Sociologie du vote Brexit : tous les sondages montrent que les brexiters sont moins éduqués et plus périphériques que les anti-Brexit. Les universitaires ont voté massivement pour le maintien dans l’Union. L’Écosse et l’Irlande du Nord ont voté majoritairement contre le Brexit à l’inverse de l’Angleterre où il y a une résurgence du nationalisme anglais.
Les négociations entre les 27 et l’UK n’ont pas été si difficiles que cela. L’UK a d’abord tenté sans succès de jouer sur les divisions possibles au sein des 27 en voulant négocier à la fois la sortie de l’Union et ses futures relations avec l’UE, puis elle a tenté de négocier, également sans succès, un projet européen à la carte (oui à la libre circulation des capitaux et des biens, non à la libre circulation des personnes) soulevant l’opposition des pays de l’UE dès qu’elle a essayé de toucher à la construction du marché intérieur.
On est ainsi parvenu à un compromis mais on a achoppé sur la question de l’Irlande du Nord négligée par les « anglais » (500 points de passage à la frontière dont il faudrait rétablir un contrôle dont personne ne veut : la paix de 1998 s’est faite sur la fluidité des échanges entre le Nord et le sud). Michel Barnier a proposé le maintien de l’Irlande du Nord dans le marché intérieur soulevant un tollé chez les durs du Brexit et chez les « identitaires » de l’Irlande du Nord. Il a alors proposé le maintien dans l’Union douanière également rejeté par les durs du Brexit.
Théresa May a accepté le compromis sur l’union douanière au moins dans un premier temps mais n’a pu le faire accepter par son parti.
Le vrai débat difficile est à Londres où le projet May a été rejeté 3 fois. Elle est délégitimée et ne peut avancer car elle a en face d’elle plusieurs fronts : Les travaillistes sont aussi divisés (2/3 contre le Brexit mais J. Corbyn favorable à un soft Brexit). Il ne li restait plus qu’à négocier une rallonge pour arriver à un accord. La situation est plus calme depuis les accords du 10 avril (rallonge possible jusqu’au 31 octobre). Il y a recherche d’un compromis entre travaillistes et conservateurs. T. May souhaiterait qu’il puisse intervenir avant les élections européennes pour pouvoir les annuler.
Ce sera la dernière chance d’une sortie avec un « deal » car sinon ce sera soit une sortie sans deal sait la démission de T. May et de nouvelles élections que les conservateurs pourraient gagner mais sans majorité.
Conséquences Ce sera d’abord des conséquences pour la GB qui fait 50% de son commerce extérieur avec l’UE (quid par exemple de la circulation des produits frais ?). Traditionnellement les conservateurs ont toujours écouté le « business » mais ce qui n’est plus le cas d’une grande partie des brexiters fanatiques qui rêvent de l’ancienne grandeur de l’UK. Alors que les économistes vont jusqu’à prévoir 6 points de PIB en moins.
Les autres pays de l’UE seront diversement impactés. Parmi les plus impactés, les Pays-Bas, le Danemark. La France ne sera pas la plus impactée (on a un surplus commercial avec l’UK) mais certains secteurs seront touchés comme la pêche maritime, les transports routiers trans-manche, les fruits et légumes …)
La prévision est plus difficile dans le secteur financier où l’UE a peut-être plus à perdre que l’UK car Londres est la véritable capitale financière de l’Union.
Il y a peu d’activités financières purement liées à l’UE (HSBC a transféré son siège à Paris, Nomura à Francfort…). L’UE va devoir négocier des processus de codécision avec un accord particulier sur les services financiers.
En matière de Défense, seules la France et la GB ont une véritable contribution à la défense. Les anglais n’ont jamais voulu d’une institutionnalisation de la Défense Européenne mais ils sont très pragmatiques pour les opérations sur le terrain (accords franco-anglais de Lancaster House).
La préoccupation principale de Pompidou en 1973 en acceptant de négocier l’entrée de l’UK dans l’UE, était d’équilibrer le poids de l’Allemagne. Il est évident aujourd’hui que l’Allemagne est le leader de facto de l’Union et que ce leadership sera encore renforcé par le départ de l’UK qui va radicaliser davantage l’Europe centrale qui à tort ou raison redoute l’hégémonie franco-allemande.
Débat
Q1. Quels sont les avantages que l’on retirera du Brexit ? Que vont devenir les anglais élus au PE ? Un référendum au niveau de l’Écosse est-il possible ? Quelle est la position idéologique des Brexiters sur la question de l’Irlande ?
R. Du fait du scrutin proportionnel pour les élections du PE, les députés anglais témoignent d’une diversité politique plus importante qu’à Westminster. Ils sont assez engagés dans la vie du Parlement. On leur doit « Le temps des questions » sur le modèle de la Chambre des Communes. Les Travaillistes très engagés ne quitteront pas le PE aussi facilement que cela.
Référendum en Écosse ? : Le premier ministre écossais l’a envisagé en cas de Brexit … mais sans donner de date. Il attendra de voir si les sondages lui sont favorables. S’il gagnait un tel référendum, on serait dans la situation inédite de la candidature d’un nouvel État. Il faudra engager une négociation d’adhésion.
Brexiters et Irlande : Mépris de l’establishment conservateur anglais pour l’Irlande. Il se moque de la question et a totalement sous-estimé le problème qui lui est très discuté au sein de la presse britannique.
Avantages du Brexit pour l’UE ? Distinguons les « petits avantages » des « avantages macro ». Côté « micros », la place financière de Paris a gagné quelques banquiers. Les Universités européennes y gagneront .. Côté « macros » c’est plus compliqué. Le Brexit donne une image de désintégration de l’UE dans le monde. Le modèle de l’UE en prend un coup même si finalement l’UE survivra au Brexit. Macron aura du mal à trouver de véritables partenaires au sein de l’UE.
Q2. Immigration massive de Polonais et Schengen ?
R. Schengen ne concerne pas les citoyens de l’UE et les polonais ne sont pas les seuls concernés. 3,5 millions d’européens travaillent en GB. Tout le spectre social et politique de la France est représenté par les 300000 français qui vivent à Londres avec beaucoup de jeunes non qualifiés, en particulier issus de l’immigration, attirés par la grande flexibilité du marché du travail, par l’apprentissage de l’anglais et une moindre stigmatisation des étrangers qu’en France.
En cas de Brexit on aura vraisemblablement une politique favorisant l’immigration de MO qualifiée, peut-être en contradiction avec l’ultra-libéralisme ambiant favorisant la présence d’une MO à bas coût.
Q3. L’Irlande peut-elle avoir un poids dans ce débat ?
R. Ce sera le pays le plus impacté par le Brexit mais il y a aussi beaucoup d’anglais qui ont du sang irlandais dans les veines et ont de la sympathie pour l’Irlande. Les 27 sont très sensibles aux questions posées par cet impact. C’est pourquoi ils ont accepté le report de l’échéance à octobre. Macron n’aurait pas pris le risque d’avoir un « No deal » en sachant les conséquences pour l’Irlande qui a connu une croissance extraordinaire jusqu’à la crise de 2008, mais en a maintenant surmonté les conséquences.
Q4. La « City » s’en sortira-y-elle grâce à la numérisation ? Attitude des pays du sud de l’UE vis-à-vis de l’UE ? Lien du Portugal avec l’UK ? Que dire de la position de J. Corbyn ?
R. Corbyn a-t-il un grand programme politique ? Il exprime souvent des émotions contre la souffrance de ceux qui ont vécu le Thatchérisme. Ce dernier a provoqué une coupure profonde entre le Nord et le Sud de la GB. J. C arrive avec des archeo-solutions. Il obsède les conservateurs mais a une faiblesse : il n’a pas rallié l’establishment de son parti.
City et numérisation ? On voit bien qu’on entre dans une nouvelle phase du capitalisme financier avec le capitalisme numérique. Les entreprises britanniques prennent beaucoup plus de risques (en investissement dans le numérique). En Europe on est davantage sensible à la question de protection des données.
Q5. Probabilité d’un “ No deal “ ? Que deviendront en cas de Brexit les députés anglais élus ? L’Irlande ne deviendra-t-elle pas une passoire intégrale à l’immigration ? Position des USA de Trump ? Position de l’Italie de Salvini ?
R. Trump ? Trump a fait des déclarations en faveur du Brexit en opposition à Obama qui s’était clairement déclaré réservé. Mais cela ne veut pas dire que les administrations US sont derrière lui. Son fonds de commerce est le maintien du populisme considéré comme opposition aux élites. Il est dans la provocation. La relation « spéciale » UK-USA est plus importante pour l’UK que pour lui.
Le « No deal » ne peut être exclu. On ne peut aussi exclure des conflits avec les députés anglais élus. Cela débouchera sur une question constitutionnelle avec la cour de Justice de l’Union.
L’Irlande sera une passoire pour les immigrés mais aussi pour les produits. Le rétablissement des contrôles sera indispensable car les Irlandais ne veulent pas de contrôles électroniques. Mais on ne pourra surveiller la frontière partout. On peut s’attendre à des trafics énormes.
Italie ? La seule chose qui intéresse Salvini est de fédérer les anti-européens. Si ces partis font un bon score, il cherchera à les représenter d’où son opposition à Macron. Il ne faut rien attendre de lui pour l’Europe.
Q6. Thomas Piketty plaide dans “Libé”, pour la création d’un noyau fort composé de la France, de l’Allemagne, de l’Italie et de l’Espagne Qu’en pensez-vous : décrédibilisation de l’UE ou refondation ? Quid d’un i-Brexit avec la GB dans l’union douanière ?
R. L’idée de création d’une petite Union dynamique fait abstraction des conditions réelles de la politique. Les 4 pays ont des trajectoires assez différentes. La probabilité d’une entente est faible. Salvini voudra faire mieux. Convergence France-Espagne peut-être. L’Allemagne marie interrogation et déception. Son rapport à l’UE a évolué à la suite de la crise financière (« On paie pour eux ») et elle fait face à la montée de l’AFD qui change la façon dont le centre-droit se positionne par rapport à l’UE (analogie avec ce qui se fait en France avec Bellamy).
Union douanière et GB ? On garderait ainsi vis à vis des tiers une véritable politique commerciale commune avec la GB. Mais c’est précisément ce dont ne veulent pas les durs Brexiters. pour y arriver, il faudra les avoir marginalisés grâce à une convergence entre modérés travaillistes et conservateurs.
Q7. Finalement l’UK ne va-t-elle pas rester dans l’UE ?
R. Je n’y crois pas. Le scénario noir pour l’UE serait que le marché intérieur soit touché ce qui provoquerait l’éclatement de l’Union. Mais le long délitement est plus dangereux.
Q8. Que peut la Reine ?
R. Elle ne s’est jamais exprimée. Elle a critiqué le Parlement mais sans jamais dire pourquoi. Charles est plus clairement anti-brexit….

                                Gérard Piketty

01/04/2019 – Nationalisme et populisme en Inde – Christian Jaffrelot

Exposé. 

                Il s’agit d’un national-populisme qui s’enracine dans la culture Hindoue. Il a pris deux visages : Séculariste et Universaliste en 1947 avec Gandhi. La constitution reconnaît également toutes les religions.

Un autre qui prend racine vers 1920 avec la disparition du califat. Il cherche d’abord à quadriller le territoire pour muscler les jeunes au physique et au moral (mythe aryen d’une race pure née en Inde. Ce qui est faux, les premiers aryens apparaissent dans le Caucase).

Après un premier choc en 1948 avec l’assassinat du mahatma Gandhi par un indien lui reprochant d’avoir accepté la partition, un mouvement se développe alors et crée un parti politique qui va incarner le nationalisme dans l’arène politique. Cela reste un groupuscule jusqu’à la fin du siècle où il prend enfin son essor en réaction :

  • au terrorisme islamique qui a gagné l’Afghanistan et s’en prend au Cachemire
  • à l’arrivée au pouvoir des forces de gauche qui aident les castes défavorisées à s’élever en accédant à l’éducation (mise en place d’un quota de 15% pour les intouchables et les castes voisines entraînant révolte et manifestations des castes supérieures). Il est le seul parti à refuser de voter les quotas.

Le succès du BJP va grandissant lui permettant d’obtenir la majorité relative en 1998 dans l’État du Gujarat et d’y prendre le pouvoir en 2001 en inventant le concept de national-populisme en réaction au national-élitisme et à la dynastie Gandhi ( Nehru, Indira Gandhi). Modi utilise un vocabulaire nouveau et les nouvelles technologies de communication et se fait remarquer par sa capacité à se lier aux milieux d’affaires. Il gagne aux élections de 2002, 2007 et 2012  en cultivant son image de protecteur des Hindous (« L’empereur des cœurs hindous »).

Il emporte avec le BJP la majorité absolue aux élections nationales de 2014. Sa politique vise autant le peuple que la religion et rappelle par là le sionisme. Ceux qui ne sont pas issus d’un lignage n’ont plus d’identité et n’existent plus. Il favorise une critique du Mahatma Gandhi et vénère son assassin.

Comme il ne peut changer la constitution à cause de l’opposition du Sénat, il s’attache à mettre en avant le mythe aryen par l’éducation. Nehru disparaît de l’histoire de l’Inde. Il attaque les ONG souvent catholiques, empêche l’argent étranger de leur arriver. Le nombre ‘ONG a été divisé par deux en Cinq ans pour s’établir à 15000. Il cible les minorités avec des campagnes de mobilisation sur le terrain pour empêcher les mariages mixtes (malveillances, dénonciations auprès des parents) mais aussi reconvertir à l’hindouisme ceux qui s’en sont éloignés, revivifier les fêtes hindoues, protéger les vaches sacrées (l’Inde est le premier exportateur de viande bovine. Des militants cherchent à intercepter les camions de bovins), éviter la mixité au niveau de l’habitat par des techniques d’intimidation. Les musulmans ne peuvent plus prier en plein air. Ils ne peuvent plus prier que dans les quartiers musulmans, les plus pauvres. Lynchages de musulmans.

Le gouvernement nationaliste impose un tournant majeur dans le discours public et sur le terrain les militants nationalistes font la police. C’est dangereux et un vrai problème sociétal. Les militants sont jeunes, masculins et pour beaucoup par dizaines de millions sans travail : peu de croissance et avec peu d’emplois. Ils ont mal vécu la montée des basses castes mais sont payés. Personne n’ose aller contre ces bandes armées.

Au-delà du politique, toutes les structures sociales ont été touchées par le mouvement.

Débat

                Q1.  Quelles sont les forces en présence pour les prochaines élections ?

R.  La situation est moins pire pour le Congrès qu’en 2014. Les élections sont à un tour. Il faut 31% des voix pour avoir la majorité au Parlement. Le BJP ne devrait pas l’avoir en raison du peu de résultats de sa politique économique, mais il arrivera en tête. Le Congrès sera en 2ème position et pourrait franchir la barre des 120 sièges /540 alors qu’il détient actuellement 47 sièges. Il y a une myriade de petits partis régionaux car les indiens, paysans en large majorité, votent pour des partis régionaux sans effets possibles sur l’évolution des choses. Les musulmans cherchent les moyens les plus efficaces pour faire barrage au BJP (un parti national musulman au Kerala)

                Q2.  Quels sont le ou les marqueurs sociaux de l’hindouisme ?

R.  Les patronymes renvoient à la caste mais aussi les prénoms, les signes rituels… Très peu de noms prêtent à confusion.

                Q3.  Où en est-on sur le droit des femmes ?

R.  Cela dépend des endroits. Le villageois vit avec ses beaux-parents. On se marie dans la caste mais dans un autre village.  La dot est toujours en vigueur. Un algorithme permet de l’évaluer.

Le national-populisme parle au nom du groupe populiste majoritaire alors que le populisme de gauche donne plus de poids au peuple. On est dans un totalitarisme.

                Q4.  On est dans un pays fédéral avec 29 États. Poids du fédéralisme ? .. des politiques locales ?

R.  Elles sont importantes mais souffrent du centralisme actuel. Les quatre États du sud sont en avance avec un moindre taux de croissance démographique mais ce sont les États pauvres à démographie galopante qui décident de l’avenir du pays. Modi a centralisé à l’excès.

                Q5.  Comment se présentent les relations extérieures de l’Inde ?

R.  Le Pakistan et la chine sont dans le même sac pour laisser à la Chine les mains libres dans le Sud-Est asiatique. La route de la soie passe par le Pakistan pour rejoindre l’Arabie Saoudite. Modi se tourne donc vers Trump, Shinzo Abe et les français qui ont ouvert aux indiens leurs bases de Mayotte et de Djibouti. L’Inde cherche à garder des liens avec la Russie pour les empêcher de se tourner vers la Chine.

                Q6.  Comment se fait l’équilibre riches/pauvres dans les énormes villes que sont New Delhi (26 Mh), Bombay (20 Mh) ?

R.  Un bidonville d’1 Mh au centre de Bombay entoure le centre d’affaires le pourvoyant de « servants ». Une violence urbaine commence à se développer dans le Nord.

                Q7.  Poids de l’armée ?

R.   Elle est nombreuse (1,2 M de personnes) et d’une docilité irréprochable à l’égard des civils. Beaucoup de corruption dans les achats amenant à des révoltes. Cela évolue un peu. Certains rentrent en politique avec un risque de polarisation de l’armée mais encore lointain. L’armée est traditionnellement modérée.

                Q8.  L’état de l’économie est très mauvais et empire.

R. 2 M morts dus à la pollution atmosphérique. Les expatriés quittent New Delhi. On ne sort pas les enfants dehors. Le populisme détourne les gens des vrais problèmes. Pas de partis politiques pour porter cette parole. L’énergie d’avenir est le charbon.

                Q9.  L’éducation ? Très bonne autrefois et maintenant ?

R.  Elle n’est plus aussi prioritaire qu’il le faudrait. 50% des enfants sont scolarisés dans le privé. Beaucoup de départs d’une école vers une autre. 7% seulement des enfants arrivent à l’université (50% des thésards aux USA ne sont pas américains).

                Q10.  Politique démographique ?

R.  Vraie diminution de la fécondité à cause du coût de l’éducation et du défaut de retraites (seulement 10% des gens sont salariés et cotisent)

                Q11.  Les modèles culturels occidentaux pénètrent-ils la société ? Qui paie l’impôt ? Ressources de l’État ? L’industrie s’ouvre-t-elle sur autre chose que la tradition ?

R.  Peu de filiales de sociétés américaines en Inde. Autonomie culturelle très forte. Solidarité de caste très forte. Le mariage arrangé reste fort.  Pas d’orchestre philharmonique indien. L’attractivité de notre modèle est perdue.

Pas d’impôt direct.  La fraude fiscale reste forte. 68 G$ de revenus proviennent des migrants. Beaucoup de très grandes fortunes.

                Q12.  Liens avec l’UK ?

R.  Ténus et le brexit n’arrange rien. L’UK est très dure avec les visas. T. May  compte les étudiants comme des migrants. Les élites se tournent vers les USA.

                Q13.  Que devient la notion de pays émergent ?

R.  Les émergents ont émergé.

                Q14.  Jusqu’où peuvent mener les accrochages aériens avec le Pakistan ?

R.  Cela aurait p déraper cette fois-ci. Modi veut apparaître comme le protecteur du peuple.

                Q15.  Y a-t-il encore beaucoup de famines, de gens qui meurent de faim ?

R.  la malnutrition est très répandue. Un tiers des indiens en souffrent.

                Q16. Avenir de Modi ?

R.  Il est issu d’une famille très modeste. Sa famille a été le mouvement nationaliste indien où il a fait toute sa carrière. Il a une grande capacité d’organisateur. Aucun mandat électif avant 2001 alors qu’il était déjà chef du gouvernement. C’est un homme de débat, un animal politique..

                Q17.  État de l’émigration ?

R.  la diaspora indienne est partout dans le monde. 10 M en Arabie saoudite. Peu en Europe.

                                                                                                                                              Gérard Piketty

11/03/2019 – Démocratie et changement climatique – Valery Laramée

L’ONU prévoit 250 M de réfugiés climatiques en 2050. Au dernier recensement on en comptait 65 dans le monde toutes causes confondues dont 40 M à l’intérieur de leur pays.

                Sur les 22 dernières années, 20 comptent parmi les plus chaudes depuis le début du XIXème siècle avec une augmentation moyenne de la température de 1°C sur l’objectif de 1,5 poursuivi. Les teneurs de l’atmosphère en GES sont en augmentation de 20% soit la plus grande variation enregistrée depuis 800000 ans. On émet aujourd’hui 50 GT deCO2 par an contre 22 en 1990. Les énergies fossiles représentent 80% de l’énergie primaire consommée.

Le changement climatique bouleverse le cycle de l’eau réduisant la productivité agricole, menaçant les infrastructures … soit des accélérateurs de la crise. Par exemple la Syrie ou la pluviosité a baissé de 13%. Énorme vague de chaleur en 2010. Baisse de la production alimentaire avec nécessité d’importations de Russie à prix élevés. Le gouvernement a décidé de moderniser l’agriculture mettant du jour au lendemain 890 familles sur les routes dans le même temps que la hausse des prix des carburants était autorisée, facteurs contribuant au début des manifestations (11 mars 2011).

Autre exemple le Nigéria où la population a été multipliée par 3 depuis 1960 entraînant un exode de la population vers le lac Tchad également suscité par Boko Haram. L’accès à l’eau est mis en cause dans les grandes villes. Lagos, 15 Mhab reçoit 15000 habitants de plus par jour sur les bords de l’atlantique dont le niveau s’élève de 3mm/an.

Le même phénomène – augmentation de la température, baisse de la pluviosité, baisse de la production agricole s’observe tout au long du tropique du Cancer., engendrant l’émigration …et ses réactions : Menaces sur la démocratie en Hongrie et Pologne, croissance de l’AFD en Allemagne face à A. Merkel, la demande de Brexit de l’UKK aux cris de « virer les réfugiés »,mais aussi l’exemplaire Suède expulsant 150000 réfugiés, le mot d’ordre généralisé des politiques « Stopper l’immigration »,  le mur de D. Trump, la sous-traitance par l’UE du problème à la Turquie…

Au Pérou le sentier lumineux ressurgit de la lutte contre les mines qui accaparent les ressources en eau.  Des affrontements pour la même cause en Inde …

Menace élevée aussi en Chine du Nord-Est où l’on prévoit une augmentation de la température de plus de 2°C en 2030 avec baisse de 15% de la production de céréales et baisse de la production d’électricité. Pour résoudre le problème, la Chine va chercher l’eau sur les contreforts de l’Himalaya impactant l’Indus, le Mékong et le Brahmapoutre. Au même moment la Chine a trop d’eau au sud : Canton s’enfonce sous le poids croissant de la ville (une tour de plus par jour) pendant que le niveau de l’océan croît.

Problème aussi dans la région bordelaise avec une salinisation des nappes… en Californie avec de gigantesques incendies …

Le nombre des victimes pour faits de guerre entre les nations est en forte baisse mais les victimes internes sont en forte hausse.

Les démocraties peuvent-elles lutter ? Il faudrait investir 85 G$/an en France dans la lutte contre le changement climatique. On en est à 40 et l’État, prisonnier de Maastricht, ne peut le faire. On achète pour 70G$/an d’énergie fossile.

Pour une lutte efficace, il faudrait tout changer : formidable projet de société.  Aucun parti ne s’est saisi de la question qui tombe pourtant bien alors que nous ne créons plus d’emplois : Stabiliser la hausse de la température à 1,5 °C serait formidablement créateur de richesses. Rappelons le rapport Stern de 2006 : Consacrer 1% du PIB à la lutte contre le CC suffirait mais si on ne le fait que lorsque l’on y sera acculé, il y faudra 20%.

Que faire ?

  • Décarboner le plus vite possible. Électrifier le plus d’usages possibles (N.D.L.R : en 1975 la mode était au Haro sur EDF et le tout électrique !)
  • Développer les renouvelables et le nucléaire (l’Arabie Saoudite envisage 50 GW de solaire en 2050 – soit en gros l’équivalent de 50 réacteurs nucléaires-)
  • Investir dans l’efficacité énergétique
  • Interdire les voitures thermiques. Les grands constructeurs n’auront plus le choix si la Chine s’y met
  • Convaincre les investisseurs de ne pas investir dans les énergies fossiles.
  • Taxer sévèrement la tonne de CO2 émise (40 € aujourd’hui mais il faudrait monter jusqu’à 500). Taxer les émissions de GES est rentable : Depuis que la Suède a porté la taxe à 120$/t de CO2, le PIB a cru de 20% comme sa propre population. L’imposition directe a été diminuée d’autant et le pays est aujourd’hui neutre en carbone.

Débat

                Q1.  La Chine a imposé de produire 10% de voitures électriques. C’est une décision autoritaire et non démocratique.

R.  Il faut se mettre en économie de guerre comme Churchill et Roosevelt l’ont fait pour avoir une vision cohérente. Il faut densifier les centres-villes, développer les moyens de mobilité, utiliser la Seine pour rafraîchir la température, réduire la production de viande bovine (10% des émissions de GES). Les sols sont des puits naturels de carbone. Il faut dépenser 100€/ha pour reconstituer un sol en deux ans.

La transition climatique coûte très cher : il faut rediriger l’épargne vers elle. L’épargne mondiale représente 100000G$. Il suffit de la flécher vers les usages bas carbone en dérentabilisant la production d’énergie fossile. Les subventions aux énergies fossiles représentent aujourd’hui 5300 G$/an. C’est un problème de vision que les politiques n’ont pas.

Les GJ veulent une taxe carbone plus juste

Aucun parti n’a conçu un projet de société qi soit une réponse à long terme à l’enjeu climatique.

                Q2.  Il me semble à voir la situation épouvantable de la Chine que les pays autoritaires ne sont pas mieux armés pour prendre des mesures. Les démocraties sont peut-être mieux à même de faire face si l’on peut réduire l’inculture scientifique générale du pays.

Le dessalement de l’eau de mer est-il une réponse ? …et mettre dans l’espace d’immenses panneaux solaires  ?

R.  Les technologies de dessalement sont très grosses consommatrices d’énergie … alors avec des centrales nucléaires, ce serait mieux.

Panneaux solaires dans l’espace? Comment transporter l’énergie ?

Décarboner les data centers très énergétivores avec des panneaux solaires peut-être une idée à creuser.

                Q3.  Que pensez-vous des partis écologiques ?

R.  Pas de vision très cohérente sur le long terme. Beaucoup de petites idées intéressantes.

                Q4.  Pourquoi faut-il sortir du nucléaire ? Le risque nucléaire n’est pas le plus important.

R.  Le nucléaire exige un savoir-faire très pointu . En France la réduction du nucléaire n’est pas une bonne idée.

                Q5.. L’augmentation de température de la planète devrait normalement augmenter la pluviosité globale de la planète.

Ce n’est pas encore perceptible du fait notamment  de la concentration croissante dans beaucoup d’énormes villes. Quant à D. Trump, il essaie de supprimer des régulations fédérales (pour protéger l’industrie charbonnière) mais elles n’étaient guère appliquées.

                Q6.  Est-il indécent de parler de démographie ? Comment jugez-vous la décision d’A. Merkel d’arrêter ses centrales nucléaires ? Les batteries électriques, que va-t-on faire des déchets ?

R.  A. Merkel a pris une décision précipitée mais il y a aussi la spécificité du contexte allemand.

                Q7.  …et les déchets nucléaires ?

R. le principal problème est celui de la disponibilité en eau. Risque climatique ? Risque des déchets nucléaires ? On ne peut tout faire en même temps. Il faut hiérarchiser es risques.

                Q8.  La lutte contre le changement climatique est aussi un défi budgétaire pour les États. Ne faudrait-il pas une PEC au lieu de la PAC ? Un budget commun pour cette lutte qui ne rentre pas non contraint ppar les critères de Maastricht ?

R.  Cela se discute ….

                                                                                                                                                             Gérard Piketty

04/02/2019 – Où va Europe ? Quentin Dickinson

Exposé

                Deux façons de répondre à la question posée par votre lettre d’invitation :

La solidarité au sein de l’UE a un ennemi mortel : celui du caractère national de sa structure. On a en moyenne 4 à 6 élections chaque année dans l’UE. L’Europe passe au 2ème rang dans les campagnes électorales derrière les sujets nationaux. Europe ignorée ou bouc émissaire ?

  • En prenant chacune des préoccupations exprimées et en les traitant rationnellement une à une au regard de la question posée
  • En utilisant la méthode dite du « crime de l’Orient Express ». On traite le paquet des questions posées mais on ne saura pas laquelle de ces préoccupations sera la cause de la catastrophe.

L’UE n’a jamais su se montrer populaire. Depuis 1952 elle a dépensé autant d’argent dans la communication que ce qui a été fait pour la Grèce, mais avec peu de résultat (cf. l’Eurobaromètre et le taux d’abstention aux élections européennes). La problématique est généralement bien posée mais la communication est trop technique et ne tient pas compte des sensibilités. Plusieurs phases dans cette communication ;

  1. Dans les années 50s on vantait l’Europe pour éviter la guerre ce qui n’a pas empêché le rejet de la CED par la France grâce à une collusion gaullo-communiste
  2. Dans les années 60-70s elle est devenue une référence rituelle dans les discours
  3. Les années 80s sont celles de l’indifférence : l’Europe ne gênait personne
  4. Depuis 2005, l’indifférence s’est muée en hostilité ou détestation sans que quiconque en ait vu les prémisses.

D’autres raisons à cela : D’abord une mondialisation mal gérée, mal digérée. Dans un premier temps on ne savait pas trop pourquoi. Ensuite des réseaux sociaux qui apportent des moyens considérables à la diffusion de peurs irraisonnées dans des masses qui ne se rencontrent jamais. Les dirigeants n’ont pas vu venir. Les gens croyaient tout ce qui passait sur les écrans « parce que ce n’était pas le fruit de journalistes ». On est passé du « on croit tout » au « On ne croit rien ». La colère s’est muée en frustration.

Il y a des antidotes possibles mais pas de recette miracle.

D’abord sur le long terme, tout commence à l’école. II faut une éducation civique pour faire comprendre le fonctionnement et l’évolution de l’Union de la primaire à la terminale.  Il faut faire un apprentissage sérieux de l’usage de l’internet où les prédateurs sont nombreux. Il faut un développement d’Erasmus plus intense qu’aujourd’hui. On ne découvre le bénéfice de l’Erasmus que tardivement. Il faut envoyer des apprentis à l’étranger. Une tare bien française est notre peu de considération pour les métiers manuels. Trop de PME s’arrêtent de ce fait. Un Erasmus de l’apprentissage permettra de corriger ce travers sur une ou deux générations. J’ai beaucoup de considération pour Jean Arthuis, député européen depuis 2014, s qui a beaucoup fait pour développer cela. Il faudrait un « tour d’Europe du compagnonnage comme on en a un tour de France. Le « corps européen de solidarité » monte en puissance. Il faudrait en parler. Le jumelage municipal était à la mode dans les années 50-60S. Une bourgade de la Loire inférieure se jumelait avec une bourgade suisse si son maire aimait le ski et la montagne. Il faudrait une agence européenne pour s’occuper de cela avec une cartographie des villes et villages permettant de mettre aisément en évidence des convergences réellement intéressantes.

Pour le moyen terme. Le RIC existe déjà dans le cadre de l’UE. C’est long à organiser et la Commission réussit à prendre les gens de vitesses. Il y a dévoiement mais je ne suis pas certain que le référendum soit la réponse à nos maux. Le référendum, c’est la roulette russe. Il devrait être réservé à des questions philosophiques ou morales (pour ou contre la PMA par exemple) ou dans un contexte local ou régional (pour ou contre une ferme éolienne, pour ou contre un grand centre commercial…). La cyber-sécurité est un sujet important : nous savons maintenant que nos pays sont vulnérables. Nous avons besoin de remparts à 100% pour nous assurer de la validité des résultats électoraux. La démocratie est en cause. Une agence européenne de la cyber sécurité est nécessaire. On y travaille. Pour les élections européennes, était-il judicieux de ne faire qu’une seule circonscription au lieu de huit ? on pourrait pour une fois prendre en compte les votes blancs, ou tirer au sort une dizaine de députés sur les 79 français à élire, et/ou adopter le droit de vote préférentiel pour atténuer les déviations partisanes dans les listes et donner aux citoyens le sentiment qu’ils comptent…

À  court terme. Il faut une décision qui frappe les esprits. Une mesure de justice fiscale contre les multinationales de l’informatique serait nécessaire et possible tout de suite au niveau européen comme national.

Vis-à-vis des pays de l’Union qui prennent des libertés inadmissibles avec nos repères (plutôt que nos valeurs), on peut leur ôter tout le bénéfice de ce qu’apporte l’appartenance à l’Union. Cela commence à marcher. Voir le recul polonais sur la scandaleuse réforme de l’ordre judiciaire ou le recul italien sur le budget. Il ne faut pas craindre de montrer le carton rouge. Il faut également renforcer le contrôle sur l’usage correct des fonds européens avec le développement d’un parquet européen.

Débat

                Q1. Le nationalisme populiste monte partout. Quid si on se retrouve au Parlement européen avec une majorité eurosceptique et avec un président de l’Union peu européen ?

R.  Ce n’est pas un vrai problème. On est en train de mettre au point le futur budget septennal 2020-2027 de l’UE. C’est un argument puissant. Il faut bien comprendre comment fonctionne le PE.  Députés eurosceptiques ou europhobes ne se sont jamais entendus et seront dispersés dans des groupes parlementaires différents. Chercher soi-même une majorité sur un texte est une tâche gigantesque. Rachida Dati s’était vanté de sa contribution à une directive de la Commission sur le terrorisme. Si l’on consulte les comptes rendus des débats sur le site public de la Commission, on s’aperçoit qu’elle n’est pas intervenue.

                Q2.  Comment l’article 7 peut-il fonctionner alors qu’il requiert l’unanimité des États membres ?

R.  L’unanimité n’est requise qu’à la dernière étape du processus de prise de sanctions qui en compte plusieurs. C’est le supplice des gouvernements : plus le processus est lent, plus le supplice est terrible : il n’est pas bien agréable d’être mis en défaut sur les premières étapes du processus.

                Q3.  Il est admis dans les mœurs françaises que les élections européennes ne se jouent que sur des enjeux nationaux. Qu’en est-il dans les autres pays ?

R.  C’est un peu la même chose. Macron avait propos la création d’une circonscription pan-européenne. Cela a été rejeté par le PE. Il faut arriver à se débarrasser de l’idée que cette élection est un plébiscite pour ou contre Macron. Il faudrait arriver à parler de la façon dont se forment les groupes au PE après les élections. Il est probable que les deux grands groupes actuels, le PPE et le PSE, vont perdre beaucoup de voix. On risque d’avoir désormais un jeu à 3 avec un groupe « libéral -centriste » contre le jeu à 2 traditionnel (PSE ET PPE). Il serait intéressant de soulever la question pour avoir un débat public à ce sujet au lendemain des élections.

                Q3.  L’Euro est un atout pour l’Europe. Est-ce qu’il l’est encore ?  Comment jouera-t-il ?

R.  Vous avez raison. Mais à chaque fois que l’Europe fait une avancée marquante, personne ne dit « Merci l’Europe ! » Plus grand monde pour demander une sortie de l’Euro ou même de l’UE !

                Q4.  Le marché du pétrole est toujours référé au Dollar. Peut-on espérer un rééquilibrage au profit l’Euro ?

R.  Peut-être y arrivera-t-on pour le marché de l’aéronautique également référé au Dollar. Je pense que l’ère Trump pourrait beaucoup endommager l’économie américaine et donc nuire à la prééminence du Dollar. Beaucoup d’investisseurs préfèrent l’Euro au Dollar parce qu’il reflète mieux l’économie de la zone Euro.

                Q5.  Comment voyez-vous l’avenir de l’UE ?

R.  L’élargissement est désacralisé. Nul ne paraît pressé de voir intégrés de nouveaux arrivants. On n’a pas digéré l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie. Il reste beaucoup à faire pour mettre à niveau les dix entrants de 2010.

                Q6.  Brexit ? Le report du terme est-il encore jouable ?

R.  Ce serait une erreur historique calamiteuse. La chambre des Communes a rejeté l’accord May-Barnier alors qu’il est difficile de faire mieux. Rouvrir le texte est impossible. Un référendum ? Il faudrait des mois pour le mettre en place et le résultat pourrait-être le même ou à tout le moins il serait aussi clivant. De sélections législatives anticipées seraient encore compatibles avec le calendrier mais à la sortie on n’aurait pas avancé d’un iota la négociation. Se donner plus de temps ? Le traité le prévoit quoique les auteurs de l’article 50 ne l’ont envisagé que pour des raisons juridiques et pratiques. Le CE peut choisir à l’unanimité la prolongation, mais si on prolonge trop, les britanniques devront participer aux élections européennes. Ubuesque !! A. Merkel a souligné qu’avant d’envisager cette solution, il fallait que les Britanniques disent clairement pour quoi faire ? Pour arriver à quoi ?

                Q7 Trichet et Draghi ont joué un rôle très positif pour sortir de la crise de 2008. Pourquoi ceci n’est-il pas valorisé ? La solution de l’affaire Alstom-Siemens ne pourrait-elle pas aussi déboucher sur une Union campant moins rigidement sur le principe de concurrence ?

R.  Sur ce dernier point, on débat encore au sein de la Commission entre concurrentialistes et industrialistes . Oui il faut modifier les règles pour lutter contre les géants américains et chinois. La libre concurrence mondiale doit prévaloir sur celle au sein de l’UE.

                Q8.  Il apparaît impossible d’avoir un impact des citoyens sur l’UE qui est un véritable édredon. C’est là le problème : Sans opinion publique pas de démocratie européenne ! Comment faire émerger une opinion publique européenne ?

R.  C’est quand tout va mal qu’il faut retrousser les manches. L’opinion publique se bâtira quand les gens comprendront que les opinions publiques d’autres pays sont voisines de la sienne. Mais cela doit se faire par strates ou sauts successifs.

On n’entend pas beaucoup le génération Erasmus.

                Q9.  Qui pilote l’UE ?

R.  Il y a 15 à 20 réunions d’experts nationaux chaque jour à Bruxelles. C’est ce qui fait marcher la machine. On va élire 79 députés au PE. S’est-on suffisamment préoccupés de la valeur de ces députés ? Chaque député dispose d’une cagnotte pour inviter jusqu’à 110 personnes par an.

                Q10.  Question migratoire ?  La solidarité européenne est mise en échec. Cela ne va pas dans le bon sens.

R.  La commission avait mis au point une clé de répartition des migrants qui fût adoptée en conseil des ministres. La Hongrie a dit qu’elle n’appliquerait pas provoquant une exacerbation des postures nationalistes. Nous avons une obligation internationale (ONU) sur le droit d’asile. Aucun pays n’a failli. Mais il y a un amalgame scandaleux entre cela et des migrants quasi-économiques. Il faut faire de l’immigration choisie avec une visée de 5 à 10 ans avec ou sans regroupement familial. C’est difficile à porter sur la place publique.

                Q11.  L’UE est faite pour s’entraider.  Cela a joué pour la Grèce. Qualité des résultats ? Quid de la PAC ?

R.  La finalité d’une politique agricole commune est d’assurer d’abord la sécurité d’approvisionnement puis un revenu décent aux agriculteurs. Elle a mobilisé jusqu’à 80 % du budget de l’Union, pourcentage tombé aujourd’hui à 38% essentiellement au profit des aides structurelles.

Pour la Grèce, tout le monde connaissait le problème à son entrée dans l’Union. C’est sa demande à faire partie de la zone Euro qui a mis le feu aux poudres. Mais l’entraide a fonctionné. Le pays se relève et les Grecs font un travail durable.

On s’oriente vers une sorte de système de « coopération renforcée » en matière de politique extérieure.

                                                                                                                                             Gérard Piketty

07/01/2019 – 70 ans de Droits de l’Homme – Catherine Teitgen Colly

Exposé

La question est importante. Toute réflexion sur les droits de l’homme  est une invitation à la complexité Même si l’événement est déjà lointain, l’actualité le remet à l’ordre du jour. Son soixante-dixième anniversaire a été marqué par de nombreuses manifestations qui en montent l’actualité. Cette soirée est une  invitation à se pencher non de manière très générale sur les droits de l’homme mais sur la construction d’un droit international des droits de l’homme dont la DUDH constitue le socle  pour comprendre le mystère de son émergence et  le succès  de son  développement, soit d’abord un état des lieux à dresser avant de s’interroger au-delà sur les  questions, défis et enjeux aujourd’hui de ce droit des droits de l’homme.

 

I-                   L’état des lieux

La DUDH du 10 décembre 1948 est un texte mythique et sacré. Elle marque une rupture complète avec l’ordre westphalien dessiné deux siècles plus tôt par le  traité de Westphalie qui mettait un terme aux guerres de religion ayant décimé  l’Europe. Le traité dessine un ordre international – l’ordre westphalien – reposant sur la souveraineté des États – nations et l’égalité entre tous les États. Le droit international s’affirme alors comme  un droit des États .

La DUDH ne sort pas du néant. La proclamation internationale  des  droits de l’homme  est le fruit  d’une  longue maturation de la pensée politique. Au-delà des   proclamations nationales des  droits de l’homme  parfois ancienne  (en Angleterre , la charte de de 1215 ,la   Pétition des droits de 1628.., aux Etats -Unis, la déclaration d’indépendance de 1776, en France, la Déclaration des  droits de l’homme et du citoyen de 1789), les guerres entre les États  conduisent  à l’adoption des premiers instruments internationaux  de protection des droits de l‘homme, d’abord pour assurer à l’issue de la guerre de Crimée et la  bataille de Solférino la protection des « blessés » (convention de Genève de 1864  en réponse à l’appel d’Henri Dunant qui fonde alors la Croix rouge internationale ), puis des « travailleurs » dans le cadre de l’Organisation  internationale du travail  (OIT) créée après la première guerre  sous l’égide de la Société des Nations et qui  jouera un rôle fondamental dans leur protection et la promotion de leurs droits,  ou encore des « réfugiés » par plusieurs  conventions de l’entre-deux guerre.,etc.… Devant la montée des totalitarismes, du nazisme et des fascismes  pendant l’entre deux guerres, puis le déchainement de la  barbarie de la seconde  guerre, la société  internationale  entend  répondre par la création de l’Organisation des Nations unies ( charte de San Francisco en 1945)  aux questions  qu’Hannah Arendt posait dans Les origines du totalitarisme :  comment penser l’impensable? Comment comprendre  la terreur absolue et le mépris radical de la personne humaine ?

Le préambule de la charte  des Nations unies   rend compte de cette prise de conscience mondiale des liens entre la paix et le respect des droits de l’homme en ces termes « Nous peuples des Nations Unies » sommes « résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre […],  à  proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l’égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petite[…] ». Il s’agit là d’ « un idéal commun » que la Commission des droits de l’homme créée en 1946 se voit chargée  de  préciser  dans ce qui sera la DUDH. La rupture est majeure. Pour la première fois, l’homme   est pris en compte par le droit international en tant que tel, et non plus au vu d’une qualité particulière (celle de blessé, de travailleur..) .Il devient sujet du  droit international. Loin d’être  une proclamation du seul monde occidental,  la charte à des Nations Unies rassemble la signature de 50 États tandis que  la Commission de droits d’homme qui élabore la DUDH  en rassemble 48 sous la présidence d’Éléonore Roosevelt  et  la présence  particulièrement active de la France  mais aussi de la Chine et le Liban.

Cette dynamique n’est pas étrangère  à l’action de grandes personnalités. A cet égard doit être cité le nom de René Cassin, mutilé de la guerre de 14 soucieux alors de  créer un droit de la responsabilité pour réparer les préjudices causés par la guerre et Président de l’alliance israélite universelle. En 1940, il rejoint De Gaulle à Londres, puis, nommé  à son issue vice-président du Conseil d’État, il  joue un rôle  décisif dans  la rédaction de l’avant- projet de DUDH qui en constituera le socle puis de la convention européenne des DH . Il veut associer à la rédaction de la première  l’opinion publique et la société civile par la création par les États aux  cotés des autorités diplomatiques de comités locaux – comité qui est  à l’origine  en France de l’actuelle  Commission nationale des droits de l’homme – CNCDH)  à jugeant que « plus qu’aucun autre, c’est le soutien de l’opinion publique  qui forme la clef de voute des  droits de l’homme sur le plan international et national ». Bref,  il veut profiter des esprits disposés à mettre fin à l’horreur des camps. Il va s’appuyer sur les dispositions existantes en faveur des DH dans les constitutions des États en y ajoutant des principes généraux touchant à  ce qu’il nomme «  l’unité du genre humain ».

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