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Mot clé : MOYEN-ORIENT

03/12/2018 – Henry Laurens – Moyen Orient : passé, présent, futur

EXPOSE..

L’essence du travail de l’historien est la prédiction du passé !! Dans l’empire ottoman au XVIIIème siècle au moment où la flotte russe arrive à pénétrer en mer Égée et à défaire la flotte ottomane à la bataille de Tchesmé débute la « question d’Orient ». De 1770 à 1802 l’espace politique européen se développe jusqu’à la frontière de l’Inde. Sur fond d’ingérences et d’implications, les conflits locaux prennent une dimension internationale et vice et versa, gérés par le « concert européen » au XIXème siècle (congrès de Paris et de Berlin).

Un calme relatif s’établit entre 1920 et 1940. Les difficultés reprennent avec la guerre froide.
Pourquoi des guerres dans la région ?

–          Charnière géopolitique à la frontière de trois mondes. Route des Indes gardée jalousement par l’Angleterre. Guerre de Crimée en 1854. Puis route du pétrole et tentative des russes de descendre vers le Sud

–          Naissance de l’État moderne au XXème siècle. Les chefs d’État ottomans prennent conscience de la nécessité d’un rattrapage grâce à un autoritarisme modernisateur (Kémalisme, Baasisme …) provoquant l’émergence d’une opposition à partir de la religion.

Le MO de 1880 est divisé entre monde civilisé et monde non civilisé. Il va être intégré au monde occidental.

Du coup, par un choc narcissique, la religion devient l’instrument du rattrapage et non une valeur en soi. L’Islam est présenté comme le meilleur moyen de rattraper l’Europe (Hassan El Banna crée Les frères musulmans). Adossé sur son universalité, il se couple avec un anti-impérialisme.

–          Les structures de la société traditionnelle explosent : l’homo hiérarchicus fait place à l’homo aequalis (émancipation des juifs en 1850).

–          L’explosion démographique d’une région initialement sous peuplée (l’Égypte passe de 5 Mh sous Napoléon à 100 aujourd’hui, la Palestine de 0,35 en 1850 à 9-10 Mh aujourd’hui).

–          Des migrations venues de l’Est (« Ma Sri-Lankaise est vietnamienne » !), de la corne de l’Afrique ou du Maghreb ave une succession de modèles économiques : le modèle colonial (matières premières et raisins secs contre objets manufacturés) supplanté par une industrialisation par substitution aux importations d’un secteur privé puis public (qui n’a jamais été un succès) jusqu’à l’arrivée destructrice de la rente pétrolière.

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01/10/2018 – Peur de l’étranger – Benjamin Stora

 

EXPOSE

C’est très courageux de poser cette question ; L’histoire française a toujours balancé entre hostilité et hospitalité envers les migrants, qu’il s’agisse des Polonais des Italiens, des algériens …Il n’y a pas de tradition permanente d’hospitalité.

À partir des années 80s de nouvelles interrogations se font jour à propos de la crise migratoire.

  1. D’abord en raison des inégalités croissantes Nord-Sud qui se sont encore creusées avec la crise de 2008.
  2. Ensuite pour des raisons écologiques, principalement la désertification croissante en Afrique mais aussi d’un productivisme effréné menant à un désastre écologique gonflant les migrations mondiales (250M de personnes /an actuellement)
  3. Les problèmes rencontrés par la « transition démocratique en Égypte, en Lybie, en Syrie… Ils poussent la jeunesse à émigrer : Elle n’a pas le temps d’attendre les révolutions démocratiques.
  4. Interrogation sur les rapports entre l’UE et ces régimes (« Vous nous dites de rester sur place et vous soutenez des régimes non démocratiques ! »)

D’où 2 millions d’arrivées entre 2014 et 2016. Du jamais vu ! Aucune anticipation de personne, ONG compris. On est retombé à 100 000/an actuellement.

Pourquoi cette réaction des pays du Nord ?

  1. Les idéaux des politiques d’accueil sont en crise. On n’a plus les processus d’intégrations importantes via de grands corps intermédiaires : organisations ouvrières, partis, syndicats se sont effondrés. Le PS + PC n’est plus rien : moins de 10% des voix à eux deux. Ces deux grands partis avaient une histoire. Ils se sont volatilisés et les ONG ne peuvent s’y substituer car elles doivent être adossées à des partis importants.

L’échiquier politique a éclaté à gauche mais aussi à droite où sous le feu de l’extrême droite la droite républicaine cède du terrain.

La gauche est divisée entre ceux pour qui il faut d’abord régler la question sociale et économique en étant d’abord fidèles à la lutte des classes, et ceux qui sont plus sensibles aux droits de l’homme, aux luttes des femmes, à l’écologie, qui réagissent par excès.

Sans pôle politique fort, la digue se fend et on n’y peut rien. LRM est encore très fragile et pourrait encore éclater.

  1. Peur de la société face à un avenir politique bien incertain. Peur aussi du déclassement social.

Si ces deux raisons en arrivent à se conjuguer, le risque de déflagration devient important et on cherchera     un bouc émissaire.

  1. Mais il y a aussi une troisième cause constituée par le couple Islam-histoire coloniale. Nœud très puissant entre la question religieuse islamique et la colonisation. La France a eu le 2ème empire mondial à la fin du XIXème siècle et l’Islam est apparu comme un refuge entre modernité et histoire coloniale. L’Europe parlait le français au XIXème siècle d’où un chauvinisme universaliste qu’on n’arrive pas à dépasser. Ce nœud traverse toutes les formations politiques.

Conclusion :  D’abord admettre le diagnostic pour fonder une stratégie.

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05/02/2018 – Israel, Palestine, paix impossible – Alain Diechkoff.

Exposé

Depuis ma venue au Club en 1994 la situation en Israêl-Palestine a bien changé. Les accords d’Oslo venaient d’être signés en septembre 1993 et un certain optimisme semblait possible quant à une issue du conflit. Mais plusieurs choses ont joué en sens contraire. Rappelons le triste et triple anniversaire de 2017 :

  1. Centenaire de na déclaration Balfour de novembre 2017 par lequel le Royaume Uni reconnaissait la légitimité de l’installation d’un foyer national juif en Palestine dont il avait le mandat.
  2. 29 novembre 1947, vote de l’ONU instituant le partage de la Palestine, premier acte de reconnaissance d’une solution à deux États.
  3. 1967 guerre des « 6 jours » avec occupation par Israël de territoires arabes (Gaza, Sinaï, plateau du Golan, Cisjordanie et Jérusalem Est). Le Sinaï fut rendu à l’Égypte en 1982.

Il montre bien les questions fondamentales au cœur du problème : une certaine légitimité d’Israël, le développement de la colonisation surtout à partir de 1977. Le conflit s’installe donc dans la durée mais avec des modalités  et motivations différentes.

Plusieurs raisons à cela. Il ne faut pas négliger la dimension symbolique : affrontement de deux projets nationaux dans un endroit très symbolique.

Quelle évolution depuis 1993-1994 ?

Les accords d’Oslo devaient mettre en place un régime d’autonomie pour les Palestiniens. De fait un gouvernement va y fonctionner mais sans souveraineté véritable. L’armée israélienne y intervient à sa guise. Pas d’évolution significative depuis lors. La dynamique des négociations a buté rapidement sur une série de drames :

  • L’assassinat d’Isaac Rabin en novembre 1995 par un nationaliste religieux qui a revendiqué son geste pour faire dérailler le processus de discussions. Des gestes parallèles sont enregistrés du côté de l’OLP (attentats commis par le Hamas). Ceci aboutit à la victoire de Netanyahou contre Pérès aux législatives de 1996
  • Un sursaut important interviendra en 1999 avec la victoire d’Ehoud Barak, chef du parti travailliste. Il déploie une vive activité diplomatique (notamment avec la Syrie) qui aboutira à la rencontre de Camp David  avec Arafat en présence de Bill Clinton (11-25 juillet 2000). Ce sera un échec mais qui pour la première fois aura dessiné les grandes lignes de la solution possible :

o   Deux États de part et d’autre de la ligne verte de 1967 avant la guerre des 6 jours (avec quelques écarts possibles pour tenir compte des colonies mais avec une logique de compensation territoriale qui impliquerait le déplacement possible de près de 80000 juifs)

o   Jérusalem ville ouverte capitale des deux États (sauf pour la vieille ville et les lieux saints).

o   Retrait progressif de Gaza.

o   Maintien d’un contrôle au moins indirect d’Israël sur la vallée du Jourdain.

o   Droit de retour possible des palestiniens sur le territoire de la Palestine. Dédommagement possible pour les autres.

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04/12/2017 – Gouvernance de l’eau – Erik Orsenna

Exposé Je suis économiste des matières premières. Après 10 ans d’enseignement, j’ai eu envie d’expliquer la mondialisation.

J’ai entrepris un voyage d’étude sur la production du coton. J’ai rencontré des procédés de fabrication très différents. Un jour, dans un village ouzbek, je me suis étonné de voir tous les robinets d’eau ouverts. « Pas de problème, m’a-t-on répondu, on a l’Himalaya ». J’ai fait rapport et ai été contacté par la Compagnie Nationale du Rhône. Cette société originale créée à l’initiative du maire de Lyon associa aujourd’hui à son capital les collectivités locales riveraines du Rhône (17%), la Caisse des dépôts (33%) et ENGIE ex GDF (49,97%). Elle est propriétaire-concessionnaire des barrages hydroélectriques construits sur le Rhône.

La CNR m’a demandé de présider un Club avec une équipe pluridisciplinaire (archéologie, histooire etc…) couvrant les grands fleuves mondiaux.

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07/12/2015 – Les crises au Moyen Orient et l’histoire – François Nicoullaud

Exposé

Au Moyen Orient la recherche de la vérité se fait sur un plan vertical. On descend dans un puits où se rencontrent de bas en haut trois niveaux : celui des ethnies, celui des religions et celui des États et nations.
1. Les ethnies. Ici ethnie équivaut pour beaucoup à l’identité que chacun se donne à lui-même. On distingue les sémites se décomposant en arabes et juifs, les indo-européens (iraniens, kurdes …), les turcs (touraniens) présents en Iran, Irak, Azerbaidjan…
2. Les religions. L’Islam a laissé subsister diverses formes du christianisme, des zoroastriens… En dessous de lui subsistent des pratiques très anciennes, zoroastrisme, manichéisme, mazdéisme, les alaouites en Syrie, les Yazidis ((très proches des zoroastriens) en Irak. Les chiites qui incluent les alaouites, les Ismaéliens, des confréries de soufis, se rattachent à la figure d’Ali et aux imams qui lui ont succédé (Ismaéliens fidèles du 7ème imam – les septidécimains -, Houtis du Yemen fidèles du 5ème imam, chiites d’Iran et d’Irak fidèles du 12ème imam – l’imam caché – qui reviendra à la fin des temps -).
3. Les empires et nations. L’ensemble du MO est nostalgique de l’unité de l’empire achéménide avant la scission entre empire perse et empire byzantin. Les premiers califes ont essayé de retrouver l’unité. L’empire ottoman a voulu restaurer le califat mais n’y est pas arrivé à cause des safavides de perse qui veillaient et ont promu le chiisme duodécimain (du 12ème imam). Dans les temps modernes tous ceux qui se sont essayés à rétablir l’unité fantasmée (Nasser) n’y sont pas arrivés et les Nations créées par le traité de Versailles sont arrivées à prendre racine car le principe national porte en lui une grande force de cohésion.

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