03/03/2014 - Repolitiser l’Europe, un enjeu démocratique - François Lafond

globe Europe

Exposé

Quelques évènements « européens » récents :

• Un nouveau leader en Italie, Mateo Renzi, 39 ans, qui n’a pas hésité à faire tomber le

gouvernement d’E. Letta, de son propre parti, pour « accélérer le processus de réformes »

• Discours du président Allemand à Munich pour déclarer que l’Allemagne doit jouer un

rôle plus actif dans les affaires extérieures de l’UE, suivi peu après d’une déclaration d’un

membre de la coalition annonçant que l’Allemagne appuierait davantage la France en

Afrique et que la France appuierait davantage l’Allemagne dans la politique à l’Est..

• Passage à Paris, il y a 4 jours, du ministre de la Défense de Géorgie pour plaider

pour l’intégration de son pays dans l’OTAN. Ceci témoigne d’un désir toujours vif

d’Europe dans les pays des marches de l’Est face aux réticences ressenties vis à vis de

l’élargissement

L’Europe vit et pourtant un malaise est perceptible dans les opinions de l’UE faute de résultats

économiques probants : « C’est la faute à l’Europe » dit-on facilement. Bien injustement car en

France, 65% des français imputent l’austérité à l’Union alors que ce sont les États qui se sont

endettés de façon déraisonnable.

La Commission va changer en 2014 suite aux élections européennes. Le nouveau président

dépendra de la future majorité du Parlement Européen. Le mandat du président du Conseil

européen (Van Rompuy) vient également à échéance en 2014 ainsi que celui de Lady Ashton. Des

opportunités politiques s’ouvrent donc.

Il faut néanmoins s’interroger sur une « politisation de la Commission alors que sa fonction, à

travers ses propositions, est d’être responsable de « l’intérêt général ».

Politiser le débat européen, impliquerait un clivage droite/gauche plus fort. Mais les faits ne vont

pas dans ce sens. De plus en plus de gouvernements sont des gouvernements de coalition. Il ne

peut par ailleurs pas y avoir de majorité au PE pour l’un ou l’autre des deux grands partis.

Plutôt que de re-politisation, il s’agit plutôt de plus d’incarnation de l’Europe à travers ses

responsables, question soigneusement évitée par les deux grands partis français.

Sur l’idée que l’Europe serait capable d’intervenir dans de nombreux domaines, il faut rappeler :

• Que le budget de l’UE voté pour 7 ans n’est égal qu’à 1% du budget des États

• Que 40% de ce budget va à la PAC et 30-35% aux fonds de cohésion et que le reste ne

représente pas grand chose face désirs que les politiques devraient faire ci ou çà

• Qu’il n’y a que 3 politiques qui relèvent exclusivement de Bruxelles : essentiellement

la PAC et la politique de la concurrence dont on voit trop les aspects négatifs car que

c’est la pierre angulaire incontournable d’un marché commun et de la protection du

consommateur. L’UE a réussi à faire plier Microsoft voire Gasprom comme aucun État

membre n’aurait pu le faire. Comment concilier dette politique avec une politique

industrielle – dont la définition au demeurant toujours problématique est un vrai défi

intellectuel.

Mais des incertitudes existentielles restent à lever :

• Les frontières ? Les Balkans devront entrer dans l’UE. On sera à plus de 28. La Turquie ?

Les négociations d’adhésion sont actuellement focalisées sur les « politiques régionales ».

François Hollande a rappelé récemment que tout processus d’élargissement sera soumis

en France à un référendum.

• Les transferts de souveraineté ? Les États membres y sont-ils réellement prêts ?

• La flexibilité ? L’Union à deux vitesses existe déjà (zone Euro, Schengen..). La question est

de faire en sorte que cela fonctionne mieux. Un gros effort pédagogique est à faire.

• Budget : donner ou non à l’UE une ressource propre ? Aujourd’hui le budget de l’UE lui

est « octroyé » par les États. C’est la question de la taxe sur les transactions financières.

• Groupe de travail franco-allemand « A new pact for Europe ». Merkel vise a priori un

nouveau traité que ne souhaite pas Hollande qui n’a pas la majorité au Congrès. Rien

n’en sortira avant 2017. Il est difficile de faire fonctionner le couple F-A aux systèmes

institutionnels encore si différents. Les allemands visent un modèle fédéral qui est le leur.

On peut penser à 5 modèles pour l’Europe :

- le modèle fédéraliste

- le modèle britannique ou on ne garde que le marché intérieur.

- On continue au rythme des crises où on se met ensemble pour trouver une solution

- On veut plus d’intégration en mettant l’accent sur la démocratisation, l’Europe à deux

(Union bancaire, sauvetage de la zone €..)

vitesses, le budget, la politique énergétique (dépendance vis à vis de la Russie ?), la

Défense européenne, plus de coopération entre les entreprises au risque d’un effet

négatif au moins temporaire sur le chômage…)

- L’option fourre tout.

 

Débat

Q1. Comment expliquer que la Pologne, 1ère

72% d’abstentions aux élections européennes ? Pourquoi alors qu’en Ukraine, on meurt pour

l’Europe ? Comment se sentir fier de notre « règlement de copropriété » de l’UE ? Quelle est votre

conviction pour l’avenir de l’Europe ?

R. Le manque de visibilité, « d’incarnation » de l’UE et la « com » des États membres en sont

principalement la cause. Le 2ème

Mon intime conviction ? On n’a pas le choix face à plus d’un milliard de chinois ou à la puissance

US. On ne gagnera de souveraineté qu’au niveau de l’UE…d’autant que nous sommes le seul

espace de paix dans le monde. Mais cet argument de la « paix » n’accroche plus chez les jeunes

pour lesquels l’efficacité prime (cf. la proposition intéressante de Moscovici de créer un dispositif

d’allocations chômage au niveau de l’Europe) et il est vrai qu’on a cassé les règles nationales sans

fournir des règles spécifiques européennes assurant la sécurité des citoyens.

Q2. Europe fédérale et PS ? Comment avoir un projet européen avec un élargissement

continuel ?

R. Le PS était fédéraliste. Il ne l’est plus. Je n’utilise plus le terme même si je l’ai à l’esprit car il

faut être pragmatique. Les États font les traités et cherchent naturellement à se protéger. Il y a

un problème avec les élites françaises qui ne sont pas forcément les meilleures de l’Europe (cf.

l’attitude de Fabius en 2005). Quant à la fédération « d’États-nations » de Delors, on finit par

jouer sur les mots.

Q3. Que rapporterait la fermeture de l’implantation du Parlement Européen de Strasbourg

et celle de nos ambassades dans les pays de l’UE ? Ne pourrait-on utiliser dans un sens plus

communautaire les différents établissements culturels (écoles françaises, instituts Goethe…) des

pays membres de l’UE ? Problème des langues ?

R. Sur les ambassades le mouvement se fait déjà progressivement. S’agissant de Strasbourg,

oui ! Logiquement on devrait le faire. C’est un symbole. Il faudrait l’expliquer aux français. Le

réseau des écoles françaises est très utile pour nous et pour nos partenaires. Pas évident d’y

renoncer. Mais c’est un atout à mettre au service des autres. Pour les langues, il faudrait plutôt

avoir recours au sous-titrage qu’à la traduction.

S. Le manque de passion pour l’Europe peut varier très rapidement. Poutine nous rend service !!

Q4. La difficulté pour l’Europe est liée à la difficulté de bien tirer parti de la mondialisation.

Ressources propres de l’UE ? À quel budget les affecter ?

R. À la zone €. La taxe sur les transactions financières sera une coopération renforcée au sens

du traité.

Q5. Ukraine ? Où est l’intérêt européen et comment le jouer ?

R. Le mandat de Lady Ashton vient aussi à échéance. Elle n’avait pas l’envergure de Javier Solana

qui disposait pourtant de moins de moyens qu’elle (4500 fonctionnaires venus pour 1/3 de l’UE,

de la CE, des ambassades). Cela va mieux depuis que l’ambassadeur Pierre Vimont est devenu

son n° 2 .

mandat de Barroso était de trop, mais on l’a voulu.

Le droit des peuples à l’auto-détermination doit être respecté. C’est aux Ukrainiens de dire ce

qu’ils veulent. La situation économique ukrainienne est désastreuse Ils cherchent de l’argent. Il

faut en tenir compte ce qu’on n’a pas su faire.

Q6. Il y a 6 fonctionnaires à Bruxelles pour s’occuper des USA mais 300 pour traiter de la

concurrence ! On n’a pas voulu établir des systèmes de protection au sein des États membres. La

fermeture de PME (en Normandie) peut-être une véritable catastrophe locale qu’on ne perçoit

pas à Paris et sur laquelle la Commission ne peut strictement rien faire.

Q7. Hors son domaine de compétence exclusive, la Commission n’a qu’un pouvoir de

proposition. Pourquoi a-t-on une perception différente en France ? Qu’en est-il dans les autres

pays de l’UE ?

Q8. En matière d’environnement la France a été un temps la bonne élève. L’Allemagne fait

aujourd’hui quelque chose qui devrait être attractif en matière d’énergies renouvelables.

Pourquoi la Commission n’appuie-t-elle pas ?

Q9. La Gauche française n’est plus un moteur de la construction européenne parce qu’elle

est profondément divisée sur cette question, notamment au niveau des syndicats dont une

fraction importante refuse la logique libérale et mondialiste qui imprègne fortement la

construction européenne. N’y a-t-il pas un travail important à faire par les syndicats au niveau

européen pour réduire cette fracture (d’un autre âge !) ?

R. D. Cameron a annoncé un référendum en 2017 sur la sortie de la GB à l’UE en même qu’un

référendum sur l’indépendance de l’Écosse. Mais il est probable qu’il ne sera pas réélu et que ce

référendum n’aura pas lieu. Par contrecoup la France appuie sur les questions renforçant l’Union

telle que l’union bancaire.

Attention à une politisation de la Commission. Cela fait 40 ans que nos budgets sont en déficit !

Elle n’y est pour rien. L’Europe n’a pas beaucoup de capacité d’intervention au niveau du

chômage : les politiques sociales sont du ressort des États.

Quant à l’Allemagne, elle a pris son virage énergétique sans aucune concertation avec les autres

pays membres. Le mix énergétique reste de la compétence des États membres. Mais il serait

bon d’en parler. Les coûts de l’électricité sont dans un rapport de 1 à 2 en France et en Italie.

Par ailleurs, le bilan de l’éolien reste à faire et il n’est certainement pas indiqué actuellement de

renforcer la dépendance à l’égard du gaz russe !

On devrait travailler sur l’idée d’un service civique européen.

Gérard Piketty

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