Introduction. Dans la perspective des élections présidentielles et législatives de 2022 se pose la question : quelle gauche pour quels combats ? Si la social-démocratie s’est convertie à l’économie de marché, désormais comment doit-elle se définir et quelle stratégie doit-elle mener ? Face à la montée des populismes en France, à la tendance à la droitisation, au désengagement des classes populaires et à la dispersion des candidats, comment éviter une stratégie d’échec programmé ? Le sujet est au cœur des préoccupations de Terra Nova et des courants de gauche.
I. Pour Thierry PECH, tout d’abord il convient d’effectuer un retour sur la note de Terra nova du 10 mai 2011 qui préconisait que la gauche se détourne de l’assise électorale des classes populaires et s’appuie sur le nouvel électorat urbain composé des diplômés, des jeunes, des femmes, des minorités des quartiers populaires, unifiés par « des valeurs culturelles progressistes ». Thierry Pech a pris ses distances avec cette position et a pris la direction de Terra Nova en 2013 « sous bénéfice d’inventaire ». Son analyse repose sur le constat que la gauche ne comprend pas ce qui s’est passé en France depuis 20 ans. Pourquoi assiste-t-on à la désaffection des classes populaires envers la gauche ? Pourquoi les classes populaires ont-elles disparu du discours politique ? Pourquoi les hommes de gauche cherchent-ils toujours les ouvriers et les populations de gauche ? Pour Th. Pech, la gauche ne sent plus le concret du peuple : Michel Rocard voulait entendre le bruit de la craie sur le tissu en même temps que le dessin se traçait, mais la gauche ne parvient plus à sentir la réalité du peuple en énonçant ses discours. Au contraire, par exemple, un homme comme François Ruffin, lui, donne la parole au peuple.
La note stratégique de Terra Nova de 2011 constatait que la coalition entre classes moyennes et classes populaires était en crise en particulier en ce que les ouvriers se sont détachés de la gauche et que les classes populaires s’en sont éloignées. Dès lors que les classes populaires sont perdues pour la gauche, il apparaissait inutile de courir après et, plutôt que de les chercher, il faut tabler sur d’autres groupes sociaux, les jeunes, les femmes, les diplômés, les minorités des quartiers populaires, les employés…Toutefois, le constat était en réalité plus complexe qu’il n’était formulé, en ce sens que, miser sur ces groupes sociaux n’est pas s’écarter des classes populaires, mais miser sur les groupes sociaux qui comptent le plus.
Thierry Pech n’adhérait pas à cette analyse considérant d’une part, que les ouvriers n’abandonnaient pas réellement les valeurs de gauche ni ne votaient à droite ; il observait qu’en réalité les voix perdues par la social-démocratie n’allaient pas à l’extrême droite, mais vers d’autres formations, socio-libérales ou centristes, en France et aussi ailleurs… D’autre part, les catégories nouvelles sollicitées pour constituer les nouveaux groupes au soutien recherché sont des catégories tout aussi rudimentaires que celles que l’on voudrait écarter ; il n’y a pas de distinction nette entre « outsiders » et « insiders ».
Quel est alors le problème ?
L’on a assisté à un profond bouleversement des catégories sociales [1]: les ouvriers représentent aujourd’hui 20 % des emplois, contre 30 % dans les années 1980 et 40% dans les années 1950, en raison de la très forte réduction du secteur industriel en France. Par ailleurs, les ouvriers non qualifiés sont passés en 40 ans de 30% à 15 % de l’emploi ouvrier. Les ouvriers d’aujourd’hui sont des qualifiés, guère identifiables comme ouvriers, ni par eux-mêmes, ni par la gauche; plus 60 % d’entre eux ne travaillent pas dans l’industrie. Ce qui s’est joué est le déplacement des ouvriers vers d’autres catégories dans des secteurs où se sont multipliés de nouveaux autres emplois en dehors de l’industrie et qui se trouvent dans les petites entreprises: chauffeurs, caristes, cuisiniers, serveurs, maçons et ouvriers du bâtiment que la gauche, comme la droite, ne connaît pas bien.
Les nouvelles catégories qui se sont développées sont les fantômes du discours politique et sont manqués par la gauche. Depuis 30 à 40 ans, on assiste à une transformation du monde social où se sont développés la restauration, l’hôtellerie, le transport, le monde du social et de multiples services… dans lesquels travaillent les employés, parmi lesquels 77 % de femmes ; les emplois de ces secteurs sont notamment ceux de vendeurs, chauffeurs, chauffeurs-livreurs, hôtesses… Ce monde est caractérisé par une individualisation des relations d’emploi car ce qui importe est la qualité des prestations, les relations humaines, la qualité et le talent personnels des agents, la confiance des clients…Le rapport de production a changé et est souvent écarté.
Par ailleurs, s’agissant des classes moyennes, depuis 40 ans, l’on a assisté à une énorme ouverture de leur part. Le temps où le père de Jacques Delors ne voulait pas quitter le bleu n’est plus. L’on a assisté à une sortie des classes populaires vers les classes moyennes. Les enfants des classes populaires vont au lycée, à l’université (voir les ouvrages de François Dubet). Les femmes aussi, en particulier, sont sorties des classes populaires pour gagner la catégorie des employés. En outre, l’interaction sociale est de plus en plus importante avec les autres milieux sociaux. La consommation de masse s’est répandue en tous domaines, accès à la propriété, confort domestique, véhicules…Toutefois, il existe une grande hétérogénéité au sein même des classes populaires où la double représentation inégalitaire dominants/dominés demeure.
Que dit la gauche devant ces évolutions ? Des discours classiques sur l’égalité, la liberté…Elle « n’entend pas le bruit de la craie sur le tissu » donc le concret de la vie. Parmi les hommes politiques, personne ne vient de ces milieux (voir majorité LREM). Ainsi, les classes populaires doutent quand les candidats et les élus se distinguent d’eux…
Lire le compte rendu →« La notion de Sécurité Globale, «Global Security», est l’objet de dizaines de commissions
internationales, mais est ignorée en France où elle est confondue avec les problèmes de police.
« Il faudrait rebaptiser le titre de cette conférence sur la géopolitique. Les puissances
mondialisées dont les relations internationales forment la géopolitique, je n’y crois plus. Je me
révolte contre l’usage excessif de la géopolitique ».
Ce mot a une histoire, qui commence en Allemagne en quête d’unification au 18-19° siècle. Dans
le monde westphalien (après le traité de Westphalie ,1648) s’est formée la première carte durable
de l’Europe. Ce sont alors les relations inter-étatiques qui comptent. Les principes :
– Principe de territorialité : les frontières du territoire marquent la souveraineté, la compétence
de l’Etat qui assure la sécurité. On a besoin du Souverain (le Leviathan) pour organiser la
sécurité et éviter la guerre de tous contre tous.
– Le choc des puissances : c’est l’idée d’une compétition entre Etats souverains et pour
organiser leurs relations, il y a la guerre. Hobbes avec Le Léviathan (1651) est le fondateur de la
politique internationale. Entre puissances, c’est la course à la puissance. La paix c’est l’avantguerre, l’entre-deux guerres. Hobbes prône donc l’équilibre des puissances pour prévenir
l’attaque par un voisin. C’est ce qui s’est passé en 1945 et avec la Guerre Froide : la solution
de l’équilbre thermonucléaire.
Mais c’est fini sauf dans la tête des dirigeants !
Ex : Les printemps arabes, les guerres civiles (Libye, Syrie), qui deviennent éventuellement des
conflits inter-étatiques après.
Est-ce que la puissance mène encore le monde ? Les guerres ne se gagnent plus. Et souvent
c’est le plus faible qui gagne ( Vietnam 1975, 25 août 2021, etc.)La puissance est impuissante.
Après la guerre en 1945, les USA vainqueurs pensaient que la puissance écraserait le Mal,
sauverait le monde, et universaliserait la démocratie. Les descendants des pèlerins du Mayflower
se voyaient un rôle messianique. Ils prolongeraient partout le système européen d’états
souverains appliquant le droit international, obéissant à Hobbes.
Lire le compte rendu →Exposé
L’histoire de la relation de la France à l’OTAN, à l’UE en matière de Défense est l’histoire d’une singularité française au niveau européen en matière de défense. Elle date de 1954 avec le rejet par la France du traité de la CED (Communauté Européenne de Défense) dont on oublie généralement de dire pour l’expliquer qu’il tenait aussi au fait que cette CED n’était pas si européenne que cela : elle se plaçait d’emblée sous protection et direction américaine.
D’où une tension permanente jusqu’à aujourd’hui entre une vision de la France désireuse d’une réelle prise en charge par l’UE de sa sécurité et une vision américaine estimant que la défense de l’Europe est une question trop sérieuse pour être laissée aux seules mains des européens.
La singularité française après ce rejet a été consolidée par le Gal De Gaulle affirmant qu’on pouvait être à la fois un allié loyal en matière de Défense sans accepter une intégration sous la bannière américaine et en conservant une certaine indépendance ou autonomie.
La France sous la houlette du Général a ainsi construit les bases de cette autonomie. Ce fut pour l’essentiel ela construction d’une force de frappe nucléaire stratégique (composée aujourd’hui de quatre sous-marins à propulsion nucléaire dotée de fusées à longue portée armées de têtes nucléaires. À ne pas confondre avec la flottille de six sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire mais armement conventionnel basée à Toulon). La France s’est retrouvée ainsi le seul pays européen doté d’une autonomie nucléaire stratégique considérée comme son assurance vie alors que l’UK sous-traitait en quelque sorte aux USA la partie proprement nucléaire de sa force nucléaire stratégique et se plaçait de facto sous tutelle américaine.
La France, dans la même logique, s’est retirée de l’OTAN en 1966 et a développé une politique étrangère qui se voulait on peu plus équilibrée entre l’Est (L’URSS) et l’Ouest.
Ce souci d’autonomie française a été mal vécu par les USA mais aussi par nombre de pays européens. La relation en la matière a toujours été difficile avec l’Allemagne dont les chanceliers après et à la différence d’Adenauer, ont fait clairement le choix de se mettre complètement sous le parapluie américain
Lire le compte rendu →Exposé
(En ouverture de son exposé, B. Tertrais indique qu’à sa grande confusion, il sera obligé d’écourter sa présence à la soirée en raison d’une urgence familiale totalement imprévue)
Se référant à un entretien donné récemment au Figaro, je suis tenté de résumer la question des frontières par un : « Les frontières ont gagné ». Le rêve d’un monde sans frontières est en train d se fracasser sur le réel et depuis une dizaine d’années les frontières sont clairement de retour sur l’agenda international. Les frontières ont donc résisté à la mondialisation avec deux dates clés, 1989 la chute du mur de Berlin. 2016 l’élection de Donald Trump.
Mon propos est la frontière internationale, i.e une ligne géographique qui sépare deux souverainetés étatiques.
Aujourd’hui la quasi-totalité de l’espace terrestre est divisée en États délimités par des frontières (plus de terres vierges) alors qu’en mer le processus de partage ne fait que commencer. La distinction entre frontières naturelles et frontières artificielles (Canada-USA par exemple) est quelque peu « artificielle ». Certaines des frontières « naturelles » comme le Rhin par exemple ont été parmi les plus discutées dans l’Histoire et vice et versa comme par exemple la frontière entre le Canada et les USA.
La question des frontières maritimes est compliquée : au-delà des eaux territoriales, il y a différentes limites à l’intérieur desquelles les États peuvent avoir des droits sans avoir de souveraineté (cf. la ZEE : zone économique exclusive). Nous sommes aujourd’hui en plein dans la convention de Montego bay par laquelle les États ont la possibilité de demander ll’élargissement de ces limites à partir d’arguments géologiques. La France grâce à ses DOM-TOM a engagé un programme de recherche en ce sens et pourrait se retrouver dans une dizaine d’années à la tête du premier domaine maritime mondia si ses revendications qui ont pour l’instant reçu un accueil plutôt favorable des Nations Unies sont finalement approuvées,.
S’agissant de l’Europe, on a l’espace de Schengen qui contient aussi une grande partie maritime. La libre circulation des personnes, des biens et des services en fait une zone unique au monde. À cause de la crise des migrants (2015-2017) mais aussi de la pandémie, il y a aujourd’hui une tendance à la suspension de la libre circulation des personnes. À mon sens cela ne devrait n’être que provisoire tant les européens sont attachés à leur libre circulation dans cet espace.
Un autre exemple de la complexité de la question des frontières maritimes est celui de la mer de Chine du Sud, une des zones les plus dangereuses du monde mais aussi les plus importantes pour le trafic maritime mondial. Un espace très important y est revendiqué par les différents États côtiers (Vietnam, Philippines, Indonésie …) mais la Chine considère qu’il lui appartient. Un véritable jeu de Go s’y déroule avec une série d’actions des États pour poldériser îles ou îlots et y construire des bases pour y justifier une extension de leurs droits. C’est donc une zone explosive où il n’y a pas d’accords sur les limites maritimes des droits de chacun de ces États côtiers.
Mais on a aussi des zones terrestres où s’observe la tentation de remettre en cause certaines frontières. L’annexion en 2014 de la Crimée par la Russie a brisé un tabou. Au Moyen Orient , tentative de Daesch en 2014-2015 d’effacer la ligne Sykes-Picot, frontière entre la Syrie et l’Irak, au nom de la création d’un califat.
Une autre caractéristique de la frontière contemporaine est l’érection de murs et barrières de plus en plus nombreux depuis une vingtaine d’années (une soixantaine aujourd’hui) par des États qui sont dans une logique de construction de leur souveraineté. L’une des plus longues barrières est entre l’Inde et le Bangladesh. Non seulement les frontières terrestres sont de plus en plus solides mais elles sont délimitées par des murs et barrières qui n’ont cependant que peu à voir avec ceux d’autrefois qui étaient d’abord destinés à empêcher de sortir. Le seul de ce type à exister encore aujourd’hui est celui qui sépare la Corée du Nord de celle du Sud.
Lire le compte rendu →Exposé Vous m’aviez invité il y a une dizaine d’années. Je voudrais d’abord faire un rappel factuel de ce qui s’est passé depuis la révolution de 2011 en essayant de prendre de la distance par rapport à ces évènements car la situation actuelle m’apparaît largement comme une parenthèse dans une évolution en cours qu’il faut tenter de dessiner. Les événements ont débuté dans une région à dominante agricole du centre du pays et surtout parmi les jeunes. Mais il s’est rapidement étendu à tout le pays et à l’ensemble de la population. Il y a eu deux gouvernements pendant la « première transition » i.e la période qui va du départ de Ben Ali (14 janvier 2011) à l’élection de l’assemblée constituante le 23 octobre 2011 Beji Caïd Essebsi (BCE) est nommé premier ministre du deuxième après la démission rapide de Mohamed Ghannouchi. Il bénéficie d’une grande profondeur politique puisqu’il a occupé des fonctions éminentes dès la fondation de la république tunisienne en 1956 et jusqu’en 1992. Il revient donc sur le devant de la scène après une éclipse de plus d’une vingtaine d’années. Son gouvernement prépare et organise les élections de l’assemblée constituante. Dans celle-ci le parti islamiste tunisien, Ennahdha avec 89 sièges sur 217 est le grand gagnant. Loin Derrière lui on trouve le parti moderniste Nidaa Tounès à 26% puis des partis en rupture totale avec l’ancien régime. Un accord intervient entre Ennardha et deux de ces partis (CPR et Ettakatol) pour former un noyau majoritaire stable. Cet accord ouvre l’ère de la Troïka.
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