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24/06/2019 - AG du Club - Les membres du Club.

Rapport Moral – Club Citoyens- Juin 2019.

30 ans déjà !

Le 4 Juin 1989, place Tienanmen, les chars de l’armée évacuent dans le sang les étudiants qui manifestaient. Le 9 novembre 1989 le mur de Berlin est ouvert dans la liesse. Entre ces deux événements à portée mondiale étaient en jeu la liberté et la démocratie.

Juin 1989, une dizaine de militants et anciens militants du mouvement d’éducation populaire La Vie Nouvelle décident de créer un Club Citoyens, dans la filiation des Club Citoyens 60 qui avaient vu le jour en 1959 à l’initiative d’autres militants de ce mouvement dont Jacques DELORS et André CRUIZIAT.

Nous voulions alors mobiliser les individus pour en faire des citoyens d’une Europe ouverte et solidaire du tiers monde. Depuis cette époque nous avons organisé des centaines de soirées débats, invités autant de spécialistes de questions internationales, économiques, sociétales, religieuses, démographiques, migratoires, géopolitiques, et nous avons débattu, approfondi, découvert, engagé des réflexions… je vous invite à consulter le site du club : clubcitoyens.com. Il rend compte de cette très riche activité et contient les comptes rendus de ces soirées.

30 ans de rencontres, d’échanges, de débats et d’amitié. Pour combien de temps encore ? Le Club Citoyens n’est pas une fin en soi, mais il répond toujours à ce besoin de découvrir et d’échanger, alors, pourquoi ne pas continuer ?

L’Europe fut au cœur de nos préoccupations depuis octobre 2018. D’abord sur la question migratoire et la peur de l’étranger qu’évoqua Benjamin STORA le 2 octobre, peur qui conduisit à l’adoptions de politiques peu glorieuses dans toute l’Europe. Où va l’Europe demanda-t-on à Quentin DICKINSON le 4 février, il était modérément optimiste, nous l’étions moins. L’Europe fut encore au cœur de nos débats s’agissant du changement climatique dont Valéry LARAMEE de TANNEBERG nous montra les urgences le 11 mars. L’Europe fut enfin au centre du propos de Christian LEQUESNE qui traita du Brexit le 6 mai.

Sur les questions hexagonales, seul Laurent GHEKIERE fut invité le 5 novembre à analyser la loi ELAN et à répondre à la question : assiste-ton à un démantèlement des politiques publiques du logement ?

Trois sujets internationaux nous ont occupés : la géopolitique du Moyen Orient avec Henry LAURENS le 3 décembre, le populisme en Inde à la veille des élections avec Christophe JAFFRELOT et les nouvelles routes de la soie organisées par la Chine avec Jean-François HUCHET.

Enfin Catherine TEITGEN-COLLY évoqua les 70 ans de la déclaration Universelle des Droits de l’Homme, son histoire et son actualité.

Quelques observations qui, je pense, peuvent être largement partagées. D’abord une fragilité aigüe des démocraties libérales dans une période de montée des populismes, de recul des solidarités, d’égoïsmes nationaux et de perte de repères. On en est à des tentatives peu glorieuses d’évitement des Droits de l’Homme, parce qu’ils sont perçus comme des gênes et non comme des principes dont l’application devrait faire de l’Europe un modèle enviable. L’arrivée en force des partis d’extrême droite au parlement européen ne va pas arranger les choses.

Quant au reste du monde, il est lui aussi traversé par cette tentation du repli sur soi dont les promoteurs sont à la tête de grands pays comme les USA, le Brésil, la Turquie, la Chine, la Russie, l’Italie, l’Inde et de beaucoup d’autres plus petits comme la Hongrie. Nous savons que ces dirigeants ne sont pas intéressés par la solidarité internationale et l’avenir du monde en particulier la lutte contre le réchauffement climatique, sauf quand ils en sont directement victimes comme la Chine, pas plus qu’ils ne veulent combattre l’utilisation par l’agriculture des pesticides et ni s’attaquer à d’autres périls sanitaires. Au mieux, ils sont sur la défense des intérêts égoïstes et courtermistes de leurs électorats, quand ils ne sabotent pas délibérément les modèles plus vertueux de leurs voisins.

Le combat pour le respect des droits de l’Homme, des conventions internationales, des valeurs humanitaires est aujourd’hui d’une grande urgence nonobstant le discours de ceux qui prônent le réalisme et le pragmatisme comme méthode de gouvernement. Rien de plus destructeur pour une société fondée sur des principes que de les oublier dans l’exercice quotidien du pouvoir.

Le combat pour la démocratie est un autre défi, d’autant plus difficile à relever qu’à l’heure de l’illibéralisme pour certains, de la recherche de l’Homme providentiel fort (et non de la femme providentielle !) pour d’autres, ce qui compte est la méthode du coup de force, de l’agressivité, du mépris de l’autre, de l’écrasement du faible.

La démocratie est aussi menacée par la question climatique pour laquelle des changements de politique radicaux supposent des changements de comportement également radicaux. Ceux-ci exigent au préalable des efforts de formation, de sensibilisation et d’action requérant un temps pouvant excéder celui de l’urgence pour obtenir des résultats en profondeur permettant des orientations politiques ni contestables ni contestées.

Ces combats passent donc par l’adoption de modes de développement différents que nous impose le changement climatique, par des choix de consommation tenant compte des menaces sanitaires que fait peser un certain système de production agricole et par des relations sociales inspirées par la conscience du danger politique que représente l’aggravation des inégalités. Ces trois facteurs s’invitent désormais dans tous les débats politiques. Si nos gouvernants avaient le courage de prendre les décisions qui s’imposent sur le long terme, alors devrait s’en suivre une autre société avec des rapports de force plus équilibrés, des relations humaines fondées sur des axes de nécessaire solidarité et des relations internationales moins agressives. Mais il est vrai que les gouvernements cherchent d’abord à coller à leurs opinions publiques, de sorte que c’est plutôt du côté des partis de gauche écologiques qu’il faut espérer que soit engagé un travail de fond d’ingénierie économique, sociale, financière afin de dégager une trajectoire politiquement viable.

Un rêve ? Peut-être. Une absolue nécessité ? Certainement. Mais surtout une urgence.

Modestement et à son niveau, le Club Citoyens tente de contribuer à faire avancer ces prises de conscience. 30 ans déjà ! 30 ans encore !

Christophe Deltombe


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