14/05/2012 - Questions après élection - Les membres du Club

Premier thème (introduction de S.Cadolle) :  L’Education, de l’état des lieux laissé par Sarkozy au projet Hollande

Les évaluations internationales montrent que si l’élite des élèves français est à la hauteur de celle des autres pays de l’OCDE, la France a un plus grand nombre d’élèves en difficulté que la moyenne, et la relation entre la catégorie sociale des parents et la réussite des enfants est plus étroite qu’ailleurs.
Les réformes Sarkozy : en supprimant un poste de fonctionnaire sur 2 partant en retraite dans l’Education on a supprimé 80000 postes depuis 2007. Pour cela, on a augmenté les effectifs des classes, supprimé les classes de maternelle pour les moins de 3 ans, supprimé l’année de formation professionnelle avec stages des enseignants remplacée par la mastérisation à l’université (économie d’un an de salaire par professeur stagiaire désormais étudiant non payé + celle des salaires des formateurs), suppression des enseignants spécialisés pour élèves en grande difficulté ou handicapés (RASED) remplacés par de l’aide individualisée faite par le prof de la classe. La demande d’égalité des chances est traitée par les internats d’excellence qui concernent 0,2 % des enfants et l’assouplissement de la carte scolaire pour ouvrir les bons lycées aux meilleurs boursiers. Le projet Sarkozy était de faire travailler les professeurs 8h au delà de leurs 18h par semaine en les payant un peu mieux (ils sont les moins bien payés des pays de l’OCDE). Il voulait aussi mettre fin au collège unique en orientant les élèves dès la fin de 5ème vers l’apprentissage. Il a cherché à se concilier les parents en les convaincant qu’il y avait trop de moyens et qu’on pouvait améliorer les résultats du système éducatif en donnant de l’autonomie et le pouvoir au chef d’établissement et en pilotant par l’évaluation et par l’application des méthodes du management entrepreneurial à l’Ecole.

Le projet Hollande

D’abord redonner courage et confiance aux enseignants. En urgence, recruter 1000 professeurs des écoles pour éviter des augmentations d’effectifs à la rentrée dans les secteurs les plus défavorisés et rétablir une formation des enseignants en créant des ESPE (à la place des IUFM) + 2000 assistants d’éducation ou auxiliaires de vie scolaire pour pallier le manque de surveillants et scolariser les élèves handicapés. Puis recruter sur les 5 ans 57000 professeurs et autres personnels dont 5000 pour l’enseignement supérieur. La question est de comment les recruter, les conditions étant peu attractives, outre celle de comment les payer !
Rétablir 62000 places pour les 2 et 3 ans particulièrement dans les ZEP, réanimer les ZEP, changer les modes d’évaluation des élèves et des profs (abrogation du décret sur l’évaluation des professeurs par le chef d’établissemnt), revenir à la semaine de 4 jours et demi mais raccourcir la journée des élèves. Pré-recruter les enseignants. Lancer un plan numérique. Ouvrir les BTS et IUT aux élèves de bac pro.
2 remarques
- Il serait grave de se contenter de défaire les réformes Sarkozy et de se concilier ainsi les syndicats enseignants sur un statu quo médiocre et coûteux – L’essentiel est la formation des enseignants, mais comment former les formateurs ? Et pour construire des modes d’évaluation légitimes, comment évaluer les évaluateurs ?

Deuxième thème (introduction de C.Deltombe): La Précarité

On définit comme précaire celui qui dispose de moins de 60 % du revenu médian soit moins de 954 euros par mois. (Rappel : le SMIC est à 1200 nets, le RSA socle à 475). Les moins de 35 ans sont précaires pour 50 % d’entre eux. Le logement : Il manque 850.000 logements dont 150 000 logements sociaux.
Il y a 3,5 millions de mal logés. 700000 n’ont pas de logement personnel. 130000 sont SDF. 100000 vivent dans des campings à l’année.
Pourquoi ce déficit ? Les solidarités mécaniques diminuent (famille, voisins). Les institutions (églises, organisations politiques et syndicales) et les idéologies s’affaiblissent. La religion n’est plus intégratrice. Moins de sentiment d’appartenance (la classe ouvrière était intégratrice). Le mariage fondé sur l’amour est optionnel et fragile. Les séparations impliquent plus de logements. L’entrée dans l’emploi se fait par le précariat, d’où le fait que les moins de 35 ans ne trouvent pas de logement, d’où retard dans les projets de vie. Le travail avec le management individualisé met en compétition les individus et engendre mal-être, stress et pathologie de l’autonomie (risques de décompensation). Notre société de précarisation transforme le prolétaire de naguère, acteur dans un collectif, en exclu qui subit la précarité et est isolé : un individu autonome par défaut, car sans les ressources pour exercer son autonomie (R.Castel).
F. Dubet distingue dans notre société les compétitifs (les gagnants), les protégés (par un statut), les précaires, et les exclus qui dépendent des prestations d’assistance. On remarque un non-recours au Droit chez beaucoup. La loi DALO sur le logement opposable n’a donné lieu qu’à 180000 demandes (27500 décisions favorables). Le taux de non-recours au RSA par des ayant-droit est de 60% étant donné l’isolement et le découragement de gens qui se sentent abandonnés.

Troisième thème (C. Deltombe) : L’immigration

Un immigré est quelqu’un né dans un pays étranger (il peut être français). Combien ? : 5, 2 millions d’immigrés, soit 11 % de la population 14 millions de français ont un parent immigré, soit 23%. Un tiers a 1 grand-parent d’origine étrangère. Les flux migratoires : 190000 par an d’immigrants légaux dont 43% d’Afrique, 15% d’Asie. -81000 d’immigration familiale – 31000 d’immigration professionnelle – 10000 par droit d’asile – 65000 étudiants L’immigration illégale sont de 200000 à 400000 sans papiers.
F.Hollande veut régulariser sur critères environ 30000 sans papiers et maintenir les centres de rétention, même s’il veut hâter le traitement des dossiers (actuellement 21/22 mois)des 50000 demandeurs d’asile. Les CADA ne disposent que de 25000 places (centres d’accueil). Par ailleurs les demandeurs d’asile perçoivent des Allocations temporaires d’attente. Mais les demandeurs d’asile n’ont en principe pas le droit de travailler. F. Héran dans Le temps des immigrés (collection La République des Idées) montre à quel point l’immigration constitue l’unique facteur de croissance de notre population, et financent de manière importante nos retraites. Si nous n’avions aucun immigré il faudrait 5 points de croissance de plus en compensation. Le vote des étrangers aux élections locales peut être un élément important d’intégration de tous ceux qui ne veulent pas demander la nationalité française.

Quatrième thème (J. de Rotalier) : l’Europe entre plans d’austérité et relance

L’Europe des opinions publiques est en route mais l’Europe politique prend du retard. A chaque fois qu’il y a une élection en Europe on s’y intéresse dans les autres pays, donc il y a une prise de conscience de notre interdépendance. Mais il faut faire évoluer les institutions européennes (Parlement, Commission, Conseil Européen) Le Parlement, outil le plus démocratique travaille sur les sujets de fond mais ne joue pas de rôle dans la crise, car il y a urgence. La confrontation interne entre le Nord et le Sud (au Conseil) ne va pas dans le sens de la solidarité, alors qu’au Parlement Européen on sait trouver les compromis nécessaires. La question est de savoir si on doit poursuivre l’expérience de l’Euro, et, si oui : que faire du leadership franco-allemand, et comment donner plus de compétences au Parlement ?

Questions ou interventions :

1) F.Hollande a fait une campagne sur des concepts synthétiques mais où va-t- on discuter des détails comme par exemple des cadres juridiques protecteurs qui ne sont pas prévus : les gens non mariés qui ne peuvent se séparer car le Juge (JAF) n’a pas à attribuer le domicile conjugal quand des concubins veulent se séparer. Une solution consisterait à donner au JAF le pouvoir d’attribuer le domicile à l’un d’eux.

2) Sur la formation des enseignants, pourquoi les IUFM ont-ils si mauvaise réputation ? – L’ambition des IUFM était de donner une formation commune aux instituteurs et aux professeurs du second degré. Ceux-ci, qui se vivent comme des universitaires et des spécialistes de leur discipline méprisent souvent la pédagogie, jugée bonne pour des instituteurs autrefois formés hors de l’université. Ils pensent que la compétence disciplinaire est seule nécessaire et que du charisme, plus quelques recettes reprises d’enseignants chevronnés, dispensent les enseignants d’acquérir une formation professionnelle dont on n’avait pas besoin avec les élèves d’autrefois, avant la massification.

3) Vouloir une unité de commandement est-il une solution aux difficultés des institutions, le chef d’établissement dans l’enseignement, le directeur pour un hôpital ?

-Il s’agit d’une politique managériale très loin de ce qui convient à un service public. La RGPP, qui réclame de réduire les effectifs et les niches, de gouverner avec des objectifs chiffrés comme pour la police et la justice casse les corps intermédiaires. Sarkozy pointe un problème, la rigidité acquise par les corps intermédiaires. Mais on doit gérer les masses de façon démocratique, pas par une chaîne linéaire sinon c’est le fascisme où on dit : il faut un chef. – Mais qu’appelle-t-on corps intermédiaire ? Les fonctionnaires ne sont pas des corps intermédiaires.

4) Pour revenir à la problématique de l’exclusion, un point central est le nombre de ceux qui ne demandent plus rien. On n’a pas financé d’accompagnement à l’accès au Droit. Seul le monde associatif se charge de l’information sur les droits. Or il y a une connexion entre grande pauvreté et isolement. Et puis ces personnes doivent raconter tout le temps leur vie à une multiplicité de travailleurs sociaux et en sont lassés. Il faut réfléchir sur le tissu social, sur comment l’Etat doit aider le monde associatif. Il ne faut pas se tromper de diagnostic. C. Boutin voulait qu’on aille chercher de force les SDF l’hiver pour les mettre en centres d’hébergement mais le lendemain ils partent encore plus loin. Les gens qui font des maraudes n’arrivent pas entrer en contact, les gens ont peur de la main-mise.

5) Pourquoi n’arrive –t-on pas à construire assez de logements ?
- On n’a pas construit là où il fallait. Certains communes dont en surabandance. Dans d’autres, c’est le prix du foncier et il y a un retard accumulé.

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