12/01/2009 - L'Amérique d'Obama - Constance Borde, présidente du parti démocrate en France

Exposé

Les deux dernières mandatures de G.W Bush ont esquinté le pays. On se sent sauvés d’un désastre avec l’élection de BO. Mais pourra-t-il réparer tous les dégâts car il faut non seulement défaire mais rebâtir : la science, particulièrement la biogénétique bloquée par l’idéologie Bush ; l’éducation ; les valeurs morales mises à mal par la honte de Guantanamo ; l’harmonie sociale défaite par l’explosion des inégalités …
Je ne crois pas qu’on sera déçus par BO car :
o Il n’a pas l’esprit partisan. Il veut une politique transparente et ouverte (Début de ses conférences avec le public. Cf. son website (http://www.barackobama.com/index.php) ou tout ce qu’il fait est expliqué.)
o Il ne veut pas d’action unilatérale.
o Il va parler avec l’Iran et le Hamas.
o Il n’y a plus d’idéologie économique sous-tendue par la cupidité.
o Il va remettre sur pied un système de santé (projet de loi pour faire couvrir les enfants par le système de santé)
o Il va aider le secteur automobile ainsi que les classes moyennes pour qu’elles ne souffrent pas de la crise.
o Il va redonner leur place aux USA dans le monde mais cela suppose d’abord de reconstruire la société américaine,
car on n’est plus dans le top ten pour :
o L’accès à l’Internet
o L’espérance de vie
o On n’a pas de système d’urgences
o L’éducation
o La criminalité (qui est plus élevée chez lez les Noirs.)
o Il va relancer les grands travaux publics (Les ravages de Katrina ne sont pas encore réparés)
Nul Américain ne peut nier aujourd’hui que la situation soit mauvaise et qu’il faut rebâtir. C’est un gros atout pour lui. G.Bush en est resté à l’idéologie du tout marché avec la dérégulation du système bancaire, de la radio ou des compagnies aériennes, avec la phobie d’un système de santé « socialiste » à la française, avec les résultats que l’on sait.
La priorité sera donnée à l’économie et aux classes moyennes US. Je ne suis pas sûre qu’il s’occupera beaucoup de l’économie du reste du monde. L’Amérique est un pays qui s’est toujours réinventé. Je suis donc confiant si tout le pays est réuni derrière lui !

Débat

Q1. Notre attitude vis à vis des USA est assez ambiguë : on est inquiet pour l’avenir et en même temps on se réjouit un peu de toutes les erreurs faites par l’administration Bush ! Le scandale Madoff est-il perçu comme un événement majeur qui va pousser à une vraie régulation du système financier ?
R. Madoff personnalise un peu le problème car, comme l’a dit le prix Nobel Paul Krugman, nos banques pratiquent plus ou moins ceci depuis 8 ans. La bonne chose avec Madoff est que dans son excès, tout le monde peut comprendre. À noter que, dans les subprimes, les grosses têtes sorties de l’X ont beaucoup contribué à créer le problème avec des produits dérivés sophistiqués aux conséquences systémiques difficiles à dégager par les opérateurs et la plupart des grands responsables. Je suis sûre que BO fera de la régulation du système une haute priorité comme il vient de le confirmer tout récemment suite au maintien de la défiance dans son fonctionnement.

Q2. Des millions de gens ont été acculés à une situation désespérée, que va faire BO ?
R. Les sauver !! Nos chercheurs en biogénétique sont partis en UK. Des projets fantastiques ont été bloqués par le lobby pétrolier en Californie dans le domaine de l’énergie avec un déni du problème climatique.

Q3. Comment s’opposer à lui ?
R. Ils ont perdu les élections.

Q4. La crise va –t-elle avoir un impact sur les problèmes de société (avortement, homosexualité…) ?
R. La crise nous a fait gagner les élections…avec Sarah Palin !! En 2000, Bush a refusé d’aider l’Afrique si on n’y pratiquait pas la chasteté (NDLR. Plusieurs commentateurs mettent cependant à l’actif de Bush le fait d’avoir multiplié par 10 l’aide US à la lutte contre le Sida en Afrique) ou le planning familial en Inde. Sa religion primait sur le reste.

Q5. BO amènera-t-il les USA à ratifier le protocole de Kyoto ?
R. Oui, mais il verra d’abord où est l’intérêt des USA. Il y a une opportunité pour que nous devenions un « World Leader » pour l’environnement.

Q6. Pouvez-nous nous caractériser la spécificité de l’extraordinaire campagne menée par BO à l’aide de l’internet ?
R. Internet a permis une mobilisation de terrain exceptionnelle.
NDLR : Il y a eu une mobilisation sans précédent des sympathisants (68 millions) par internet avec mise à leur disposition d’une part une énorme banque de données (Catalyst) donnant des renseignements très détaillés sur les personnes de leur secteur pour permettre de faire en quelque sorte de la part du candidat un porte à porte très personnalisé, de l’autre un encadrement et une intégration très soignés dans le dispositif de campagne. Les réseaux sociaux ont été utilisés sur le mode de la nidification pour mobiliser et recruter. À la différence de Désirs d’avenirs, il s’est donc agi d’une mobilisation« off line » envoyant chaque sympathisant faire du porte à porte et non d’une mobilisation « on line » où chacun se contente de mettre ses idées ou commentaires en ligne sur le site. La campagne de collecte de petits dons (d’un montant moyen de 60$) représentant près des deux tiers dans le financement de sa campagne, a renforcé fortement le sentiment de chaque sympathisant d’être un acteur important de la campagne dans le même temps qu’elle contribuait à nourrir la base de données Catalyst. À la différence des campagnes traditionnelles où les recettes se partagent en gros 50/50 entre action de terrain et Pub. Les dépenses « de terrain » ont représenté 70% du total. Ce sont les corps intermédiaires de la campagne : journalistes, bloggers qui ont le plus souffert de l’organisation de la campagne.
On a vu ainsi apparaître une nouvelle forme de militantisme qu’on peut qualifier de militantisme affinitaire à la carte.

Q7. Quel est le profil religieux de BO ?
R. Il y a plus de séparation entre l’État et la religion aux USA qu’en France. Ceci étant BO sort d’une communauté noire très religieuse et contestataire de Chicago.

Q8. Comment se situe-t-il par rapport à la peine de mort et au lobby de l’armement ?
R. Aucun Président US ne peut être contre la peine de mort. Ne me demandez pas pourquoi !! Il veut aussi parler désarmement.

Q9. … et vis à vis d’Israël et de la Palestine ? R. Il a dit qu’il était préparé à parler avec le Hamas, mais d’une façon très nuancée.

Q10. Quelle est la position d’Hillary Clinton ?
R. Elle est très pro-israëlienne depuis qu’elle est sénateur. Mais elle va être prudente. On va créer 3 M d’emplois, je l’espère sans discrimination positive car ce serait une erreur.

Q11. Votre enthousiasme fait un peu peur s’il n’arrive pas à répondre à tous ces espoirs. Ne l’élève-t-on pas de façon excessive pour mieux en faire un bouc émissaire si ces espoirs sont déçus ?
R. Il est démocrate et n’a pas peur de s’endetter !

Q12. J’ai l’impression que BO va d’abord conduire sa politique étrangère dans l’intérêt des USA. La politique vis à vis d’Israël et du Hamas en découlera. Ceci étant, savoir où sera l’intérêt des USA ne sera pas facile.
R. Il va d’abord être pragmatique. Mais notre politique actuelle est-elle bonne pour les USA ? Ne faut-il pas serrer un peu la vis à Israël ?

Q13. Quelle va être son attitude vis à vis des Républicains ? Va-t-il augmenter les impôts pour renforcer les solidarités (NDLR : et commencer à assainir les finances publiques ?)
R. L’impôt va baisser pour 95% de la population. Il ne taxera pas les riches. En revanche, il va faire beaucoup de partnership avec le privé et emprunter pour remettre sur pied le système de santé. On va vers un contrôle du prix des médicaments.

Q14. Quelle sera la conséquence pour le $ de tous ces emprunts ? Les déficits publics et du commerce extérieur sont déjà considérables. Si BO en rajoute une couche, le $ risque de s’effondrer avec des conséquences catastrophiques, pour l’Europe en particulier et avec le risque de perdre son caractère de monnaie de référence et un cataclysme pour les USA.
R. Peut-être les habitudes vont-elles changer. BO n’est pas un laxiste. Il est pour le désarmement nucléaire et ce sera une grande bataille.
NDLR : La Chine est le plus gros créancier des USA. Tout se passe apparemment comme si dans un pays unique nommé Chineamérique, les citoyens de l’ouest produisaient à bas coût pour satisfaire aux besoins des citoyens de l’est par désir (mimétique) d’accaparer leur puissance : plus ils produisent, plus ils apprennent et se rapprochent de leur objectif. Cela ne pose pas de problème sauf la nécessité incontournable d’une réévaluation du yuan qui ne pourra se faire que dans le cadre d’une négociation globale où les citoyens de l’est cèderont des pans de propriété intellectuelle pour amener les citoyens de l’ouest à céder sur le yuan et sur la participation à la lutte contre le changement climatique (Propos tenus par P.N Giraud dans un colloque de Prospective 2100 sur la crise).

Gérard Piketty

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