11/12/2012 - OBAMA II - Anne Desyne

Exposé
Obama a été élu parce qu’après un premier débat calamiteux avec M. Romney l’ouragan Cindy l’a sauvé : le réchauffement climatique n’était donc pas seulement une invention de la Gauche. Cindy nous a sauvé d’avoir Romney président avec une majorité à la Chambre et son messianisme mormon désastreux.
Néanmoins la majorité d’Obama au Sénat n’est pas suffisante pour empêcher l’opposition de faire obstruction aux votes (technique du « filibuster »). En début de 2ème mandat, le président est théoriquement plus tranquille. Mais les mid-terms élections se profilent déjà et il doit résoudre la question du « fiscal cliff » avant le 1er janvier. En général les 2èmes mandats ne s’achèvent pas bien, le président ayant tendance à se placer au dessus du Droit ? Cela sera-t-il le cas pour Obama, professeur de Droit ? Certains indices (utilisation des drones) pourraient y conduire.
Obama recherche instinctivement le consensus notamment vis à vis des musulmans, bien différent en cela du « Shoot first, ask questions later » habituel dans la politique américaine. Sera-t-il trop gentil, naïf ou saura-t-il taper du poing sur la table (executive orders) face au blocage républicain sur le réchauffement climatique ? L’élection a été « bizarre » avec des dysfonctionnements mais aussi des rebonds au dernier moment qui ont permis l’émergence d’une vérité démocratique.
- Le système électoral est très décentralisé, chaque État ayant pouvoir d’organiser les élections comme il le veut même si le « Help american vote act –HAVA- » de 2002 a mis un peu d’ordre dans les procédures techniques du vote. L’élection du président n’est pas directe mais passe par celle d’un collège électoral. Dans certains États, les « swing states », le parti gagnant à la majorité relative empoche tout le paquet de grands électeurs dudit État.
- S’agissant du financement, l’après Watergate avait vu la mise en place d’un financement public. L’arrêt « Citizens » de janvier 2010 de la Cour Suprême renverse la situation en permettant aux entreprises et aux syndicats de financer directement les candidats. On a atteint un chiffre record de 6 G$ dépensés dans cette élection. Les compagnies pétrolières se sont engouffrées dans cette brèche en faveur de M.Romney.
Il était devenu insupportable d’être assaillis à longueur de journée par une pub négative ne craignant aucune sanction en cas d’erreur. Mais grâce aux Geeks et aux réseaux sociaux l’équipe d’Obama a pu provoquer une mobilisation citoyenne pour y faire face. Le système politique est dans une polarisation extrême où on ne se parle pas. La multiplication des équilibres entre pouvoirs et freins-contrepoids aboutit en effet à un blocage dont l’opinion voit bien qu’il est dû aux Républicains. Peut-on espérer, qu’ayant perdu, ils vont être plus conciliants ?
En fait tout se joue dans les primaires qui donnent une prime aux extrêmes dans les deux camps avec pour résultat que les représentants démocrates à la Chambre sont trop à gauche et que les représentants républicains donnent trop de poids au Tea Party. Il y a un trou gigantesque entre les deux blocs.
Avec la possibilité que garde le groupe Républicain au Sénat de « filibuster », les projets sont bloqués avant même d’engager une discussion : il suffit de dire que l’on va faire un filibuster. Or beaucoup de nominations à venir doivent passer au Sénat.
Sur quels sujets Obama voudra-t-il marquer son septennat ?
En politique intérieure :
- Guère de compromis acceptable à attendre en matière budgétaire : À défaut, en vertu de l’accord passé en 2007, on assistera au 1er janvier à la baisse automatique de 10% des budgets des administrations en contrepartie des augmentations d’impôts voulues par Obama. Les américains sont encore dans le mythe du moins d’État et de la confiance dans les marchés même s’ils vont être plus nombreux à bénéficier des largesses de l’État (medical social security).
- Obama pourrait s’emparer du dossier immigration avec quelques résultats : les Républicains ont perdu à cause de la démographie (croissance des hispaniques dans les swing states)
- en matière de Réchauffement climatique et malgré l’effet « Cindy », Obama a peu de chances d’obtenir quelque chose en raison de l’attachement des américains à la culture d’exploration.

Alors en politique extérieure ? L’interdépendance Chine-USA est très forte et ne permet pas de marquer sur ce terrain même si la Chine commence à avoir une ambition stratégique. Sur le volet diplomatique, Obama veut échapper à la dichotomie soft power/hard power. Les conflits ne peuvent plus être gagnés par la guerre et l’opinion n’en veut plus. Son succès dans la fin de Ben Laden lui permet d’échapper à la critique de mollesse attachée traditionnellement aux Démocrates, adeptes du Soft power. Mais s’il a beaucoup fait pour redresser l’image des USA, il a amplifié la politique des drones qui va à l’encontre : s’il n’y a pas d’accord international pour en limiter l’usage, tout le monde pourra en acquérir.
S’agissant d’Israël, le lobby pro-israélien est très puissant et détruit la carrière de tout Représentant s’opposant au soutien d’Israël. La droite religieuse est pro-Israël. Au total, ce sera le « mix power » avec une bonne dose de réalisme dans la stratégie.
Débat

Q1. Face à la puissance du lobby pro –israélien (AIPAC), comment échappe-t-il à l’opinion qu’elle conduit à une dégradation considérable de l’image internationale des USA ?
R. Un lobby pro-israélien modéré (« J street ») est apparu, mais pour l’instant c’est David face à Goliath.
Q2. En quoi, nous européens, sommes-nous concernés par tout cela ?

R. L’Europe n’a pas été mentionnée dans les débats électoraux. On n’intéresse pas les américains car nous ne sommes pas assez puissants. Mais nous avons besoin des USA pour exister face à l’Asie.

Q3. Quid d’Obama vis à vis de l’« Asie ?
R. Il n’a pas envie de prendre des positions fermes. De par sa jeunesse en Indonésie, il a une réelle ouverture d’esprit vers d’autres pays. Ceci dit, le Japon n’étant plus sûr des USA va y faire attention. Les USA n’ont pas envie d’être pris dans une tension entre la Chine et le Japon.

Q4. Le déficit budgétaire n’a pas l’air de préoccuper les américains ?
R. Les américains sont convaincus d’être le peuple élu de Dieu. Ils ont une monnaie de réserve tant que les chinois ne prennent pas le risque de l’affaiblir. Les mythes fondateurs sont certes ébranlés par la crise mais les américains gardent pour eux une formidable capacité de rebond et restent des pionniers dans la mondialisation. Avec les gaz de schistes, ils sont redevenus exportateurs nets de produits pétroliers.
S. Capacité de rebond et inventivité technique formidable, l’affaiblissement des USA n‘est pas pour demain.

Q5. Obama va-t-il faire preuve de courage en matière de régulation financière ?
R. Il a fait voter en 2010 une loi de régulation financière (le Dodd-Frank act) bien meilleure que ce qu’on a pu faire en Europe mais ses décrets d’applications sont bloqués par les Républicains. Il pose la séparation entre banque de dépôts et banque d’affaires mais ne s’attaque pas au « Too big to fail » : en d’autres termes, on ne remet pas en cause la dimension excessive de certaines banques.

Q6. La NASA a fait un rapport catastrophique sur l’état de la planète. N’existe-t-il pas une petite élite consciente de ces problèmes ?

R. Oui, elle existe mais les sénateurs de l’Alaska sont pour l’exploration pétrolière. Il n’existe pas de frontière nette droite-gauche sur ces problèmes. Le Texas est le premier état éolien de l’Union.
L’Afrique est déçue par Obama. Mais il va être obligé de faire quelque chose en raison des implantations chinoises pour mettre la main sur les ressources naturelles africaines. Il y a aussi une ambivalence africaine sur le problème.

Q7. Les inégalités s’accroissent par le haut et par le bas. Cela va-t-il modifier l’opinion US ?
R. Oui, les inégalités croissent et sont d’autant plus fortes qu’il n’y a pas de filet social ou médical. La loi Obama n’est pas encore en vigueur. Les hôpitaux sont obligés de recevoir des gens très « abîmés » par manque de prévention.
En 2010 la majorité sera non-blanche. Pas de bouleversement économique à en attendre mais le modèle WASP a perdu de sa force. Les hispaniques sont catholiques et il y a une majorité de juges catholiques ou juifs à la Cour Suprême. Au début les hispaniques votaient pour les Républicains qui étaient contre l’avortement. Ce n’est plus le cas et cela a été amplifié par l’effet « Obama ». La notion « d’autorités religieuses » n’a pas de sens aux USA, pays de souche protestante où l‘on observe une fracture entre protestants « normaux » et fondamentalistes.

Q8. Comment le terrorisme est-il perçu aujourd’hui ?
R. 2001 a été un choc formidable qui a entraîné la création d’une bureaucratie anti-terroriste qui coûte une fortune. C’est seulement maintenant qu’un recul apparaît pour juger du côté raisonnable ou non des ripostes. On va vers plus de lois. Encore beaucoup de paranoïa. S. Le scandale de Guantanamo va donc continuer. R. Nombre de détenus ont été libérés. Pour les autres (95 sur les 500 en 2008), il est devenu impossible de les juger.

Q9. Quel scénario pour l’Iran ?
R. Les israéliens savent que les USA ne les suivront pas. L’affrontement sunnites-chiites est plus important. Et puis, de quel droit interdire à l’Iran la possession de l’arme atomique ? On va plutôt vers un aménagement des règles nucléaires internationales. Le peu qu’a l’Iran est difficile à détruire mais l’Iran est très loin de pouvoir avoir un vecteur pour envoyer la bombe. S. Si Israël attaque, les USA ne pourront rester l’arme au pied. R. Les USA considèrent que le Moyen Orient est désormais le problème des européens.

Q10. Comment la FED va-t-elle jouer ?
R. Elle a laissé le $ se déprécier. Mais apprécier le $ ne réglerait pas le problème de l’UE. L’Europe est un marché beaucoup plus ouvert que les USA. C’est un merveilleux cadeau pour les Américains. S. Un $ faible ne serait pas effectivement une cause majeure du redressement européen. Il aurait l’avantage de diminuer le coût de l’énergie. R. Au total, on ne voit pas se dessiner une stratégie claire des USA à l’extérieur : Obama est d’abord un pragmatique soucieux de paix.

Gérard Piketty

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