06/03/2017 - L'Amérique de Trump - Christophe Deroubaix

Où va l'Amérique de Trump ? Le 6 mars, avec Christophe Deroubaix

Exposé

L’Amérique de Donald Trump est celle d’hier, des années 50s, minoritaire démographiquement et électoralement.

Comment a-t-il été élu ? Ne pas en rester aux « fake analysis » qui prévalent en France et qui le présentent comme le héros des « petits blancs ». C’est un accident démocratique d’ampleur industrielle : Malgré 2 M voix d’avance à Hilary Clinton, Donald Trump ne dispose pas d’un mandat du peuple américain. On voyait le parti républicain comme celui des riches et il serait devenu le parti des pauvres !! En ne recueillant que moins de 40% des suffrages exprimés, c’est le président le plus mal élu depuis 1824. Si l’on se réfère à la population en âge de voter, il ne recueille que 24,5 % des suffrages.

Il ne gagne que grâce au système des grands électeurs et à la répartition du corps électoral : 1 voix d’avance dans un état, et le parti vainqeur emporte la totalité des grands électeurs de l’État. Le socle électoral de Donald Trump est le socle traditionnel du parti républicain : blanc, aisé (revenu moyen 72000 $ contre un revenu national moyen de 50000 €. Un électorat conservateur pure sucre qui se radicalise depuis 20 ans. On assiste en effet à une polarisation croissante de l’électorat avec glissement à droite de l’électorat républicain et glissement à gauche de l’électorat démocrate. Ce n’est pas un nouvel électorat. C’est le même qui avait élu G.W Bush sur le thème du « conservatisme passionnel », puis qui a été celui du Tea Party.

Les USA ont été la première république issue des Lumières 13 ans avant la révolution française de 1789 sur la base du « Tous les hommes naissent libres et égaux en Droit ». Mais un premier compromis a été nécessaire pour traiter le problème des esclaves : d’abord en admettant que chaque État de l’Union fait ce qu’il veut chez lui, puis en décidant de compter un esclave que pour 5/8ème d’homme devant être représenté par son propriétaire. Depuis cette matrice sociale est centrale aux USA.

Donald Trump s’inscrit dans cette histoire longue du racisme où le parti républicain (du Nord ») abolit l’esclavage en1856 alors que le parti démocrate était alors pour le maintien de l’esclavage. En 1875-76 on met en place les lois de ségrégation. Roosevelt veille encore à l’équilibre entre la base raciste du Sud et l’aile progressiste du parti du Nord-Est.

Dans les années 50s, c’est cette dernière qui a le pouvoir.

Mais c’est un président démocrate du Sud, Lyndon Johnson qui signe la loi sur les droits civiques dans les années 60s consolidant un basculement qui voit à l’inverse le parti républicain se ranger aux côtés des petits blancs.

Donald Trump sait ce qu’il fait. Ce n’est pas un idiot. C’est un gêne mutant du parti républicain par son style, ses positions programmatiques (sécurité sociale, immigration, libre échange).

C’est parce qu’il est un mutant qu’il a gagné.

Il l’a emporté avec 80000 voix d’avance dans les trois états traditionnellement démocrates – Pennsylvanie, Michigan et Wyoming – faisant pencher en sa faveur le collège des grands électeurs avec un discours anti libre échange, reconnaissant un monde qui s’écroulait en constatant la fin du contrat social des années 50s ( un salaire horaire moyen de 25 à 35 $/heure plus élevé que le salaire médian permettant aux jeunes d’envoyer leurs enfants à l’Université – pas encore trop chère – pour assurer la promotion sociale de leurs familles).

Le discours de Trump est un discours de révolte contre l’avenir et du désir de revenir à ces années 50s.

Sa victoire est d’abord  par défaut celle de la défaite d’Hillary Clinton qui a perdu trois États détenus par les Démocrates depuis trente ans. Plus encore c’est la défaite du « Clintonisme », symbole de la conversion des élites aux politiques néolibérales  avec la signature en 1994 par Bill  Clinton du traité de l’ALENA : la part de l’électorat de Trump n’a pas varié mais celle d’Hillary Clunton a reculé partout (blancs, latinos, jeunes de moins de 30 ans, afro-américains…)

L’Amérique d’hier a pris le pouvoir parce que l’Amérique de demain n’a pas trouvé en qui s’incarner (Michael Moore).

Le 8 novembre 2016 ont eu lieu également 150 référendums locaux (sur la légalisation de la marijuana, l’interdiction des armes à feu, le salaire minimum…) où l’Amérique qui vient, celle des femmes, des minorités colorées, des jeunes de moins de trente ans …, a joué un grand rôle et commencé à faire bouger les lignes.

Les blancs représentent 50 % de la population aujourd’hui et seront en minorité, 48%, en 2050. Dans une génération les USA seront une nation post européenne dans un monde post occidental où :

  • Une frange de plus en plus importante refuse les assignations identitaires aujourd’hui fortes,
  • 1 mariage sur 6 est un mariage mixte traduisant un pays en voie de métissage
  • la jeune génération sera la première génération « monde » mais aussi la première à amortir le choc de la crise de 2008, avec plus de femmes diplômées que les précédentes malgré un diplôme cher (15000 $). Elles n’en auront pas moins des difficultés pour trouver un emploi.

C’est cette Amérique qui a permis l’émergence de Bernie Sanders et pas seulement la jeunesse blanche. De façon plus générale les moins de trente ans ont voté pour lui. C’est un renouvellement générationnel profond face à une Amérique blanche, vieillie et conservatrice. Sur quoi cela pourrait-il déboucher ?

Avec un bon alignement des planètes, sur une revanche de l’Amérique.

 

Débat

            Q1.  Importance des religions ? Sont-elles en position défensive alors que la religion est dans la constitution ?

  1. Le sentiment religieux diminue dans la jeune génération engendrant une sur-réaction des chrétiens évangéliques, part importante de la victoire de Donald Trump. Le VP Mike Pence est un évangélique (Born again)

Q2.  1. Pourquoi, comment Trump a-t-il pu être désigné par le GOP (parti républicain)

2. Que pensez-vous de la politique étrangère de D. Trump ?

3. Ne pourrait-on aussi dire qu’en France une victoire de la Droite serait d’abord une défaite de la Gauche ?

4. Comment s’est fait le choix du candidat démocrate ? On dit qu’Hillary Clinton a beaucoup pesé dans                                   l’éviction de Bernie Sanders ?

R. 1.  Trump a été élu car c’est le noyau dur du parti républicain qui a voté.

4.  Sanders était plus aligné sur le centre du parti qu’Hillary Clinton. Mais l’appareil clintonien en place depuis 20 ans a misé sur elle parce qu’il pensait aussi que Sanders était trop vieux. Dans la primaire démocrate, Sanders a été partout en tête sauf chez les femmes noires de plus de 65 ans.

2.  Trump vit avec une histoire fantasmée. Son slogan « L’Amérique d’abord » date de l’entre deux guerres. Ce n(est pas un isolationniste. Il n’est pas pour le repli mais pour des deals d’État à État. Politique agressive :

-          sur le front commercial avec la Chine,

-          avec le Mexique

-          vis-à-vis du terrorisme islamique à travers lequel il faut penser le rapprochement avec W. Poutine grâce à un axe « évangéliques-orthodoxes » contre le terrorisme.

On est dans une ambiance « choc des civilisations » et « Anglo-saxons contre Latinos ».

3.  Les USA sont entrés dans une phase de polarisation extrême de la vie politique qu’on observe aussi en France dans les jeunes générations. Difficile de gouverner au centre dans ces conditions.

            Q3. 1.  Depuis G ;W Bush le régime se présidentialise davantage. Qu’en sera-t-il avec Trump ?

2.  Y a-t-il dans l’Histoire des USA un phénomène d’alternance qui expliquerait le retour des républicains ?

3.  Une remise en cause des institutions est-elle dans l’air ?

  1. 1.  Le système US est présidentialiste mais différemment qu’en France : le président n’a pas le droit de dissolution mais a un droit de veto et peut gouverner par décrets. La dérive a commencé sous Bush.

Le phénomène de polarisation a commencé il y a 30 à 40ans. Il va de pair avec le creusement des inégalités économiques et la croissance du taux d’immigrés dans le pays. Les élus eux-mêmes sont très polarisés. Washington ne fonctionne pas car 50% du pays est très à droite et 50% très à gauche. Il y a un très fort taux de satisfaction de Trump chez ses électeurs. La machine étant bloquée le président gouverne par décrets.

2.  Il y a eu une grande période de consensus avec le New Deal de Roosevelt puis avec le tournant néo-libéral des années 80-90s. On est maintenant rentré dans une phase de recomposition gauche-droite pour la première fois depuis 1875.

Le taux d’abstention est beaucoup plus fort chez les jeunes, surtout aux élections de mi-mandat.

3.  l’histoire des primaires est beaucoup plus ancienne qu’en France. En fait c’est un système censitaire:lLe revenu moyen aux primaires est dans les 80-85000 $/an contre 50000 en moyenne. Il permet l’émergence de nouvelles personnalités.

Q4. 1. Quelles sont les limites au gouvernement par décrets ? Quels sont les principaux points de divergence au                                                 Congrès entre D. Trump et les élus républicains ?

2. Quid des déclarations climato-sceptiques de Donald Trump ?

  1. 1.  Le principal frein au gouvernement par décrets est la Justice. La Cour Suprême est plus puissante aux USA que partout ailleurs. Ceci dit le gouvernement par décrets est impossible dans certains domaines (fiscalité par exemple). C’est la Cour Suprême qui a supprimé la prière à l’école, la déségrégation, l’interdiction des mariages mixtes  (affaire Loving contre Virginie).

Points de friction Trump/élus républicains ? Le grand programme d’infrastructures (plutôt bien accueillipar les démocrates. L’immigration avec la disparition de l’aile pro-business (La Siicon valley a fait pression pour la suppression du 1er décret anti-immigrés). L’Obama care (Quid des 20 illions de ppersonnes déjà assurées ?).

Regain de tension entre la Californie progressiste et les autorités fédérales à propos des sans-papiers, la légalisation de la marijuana…

2.  Donald Trump n’a pas encore pris position sur le problème climatique, de même que sur la politiquevis à vis de l’Iran.

Q5.  Relations entre pouvoir politique et pouvoirs économiques ? Différence entre Obama et Trump ?

  1. D. Trump a eu un discours de campagne très anti-Wallstreet mais il n’ y a jamais eu autant de Wallstreet boys dans la nouvelle administration. Wallstreet ne demande pas le pouvoir mais uniquement de « bons deals » comme la baisse du taux de l’IS de 35 à 15% annoncée par Trump dans sa campagne qui est ingérable, mais c’est une mise en scène pour parler aux plus défavorisés. Les emplois à 25 $/h dont rêvent les électeurs de Trump ne reviendront plus. Le plus gros problème est à cet égard dans le sud où il y a une déflation salariale importante (8 à 10 $/h). Par ailleurs la bourse monte (notamment les valeurs financières intéressées par la dérégulation annoncée par Trump).

Q6.  Le salaire moyen a beaucoup baissé. Les inégalités augmentent. Combien de temps cela peut-il durer ?

  1. Les salaires remontent dans une partie du pays notamment en Californie (55 M hab). Vous soulevez le problème de l’élasticité de la société US. Il y a deux Amériques de plus en plus polarisées. La Californie, labo de la droite dure sous Reagan, a complétement basculé : Le GOP a pratiquement disparu des comtés autour de Los Angeles.

 

 

Gérard Piketty

 

 

 

 

 

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