04/06/2012 - Crise de l'Euro - Anton Brender

Exposé

1° Analyse des origines de la crise de l’€

Dans une économie de plus en plus globalisée, entre 1999 et 2007, des déséquilibres financiers internationaux se creusent entre les pays excédentaires et les pays déficitaires.
Les excédents des uns s’alimentent des déficits des autres et vice versa*, les premiers étant généralement des PVD (pays en voie de développement) et des pays de l’OPEP, les seconds incluent notamment les USA et l’Europe. Ces déséquilibres proviennent, d’une part, de l’endettement des ménages dans des pays qui dépensent plus qu’ils ne produisent et qui empruntent pour soutenir des systèmes sociaux onéreux (sécurité sociale, retraite, assurance chômage) et, d’autre part, de l’épargne des ménages des pays excédentaires dont la croissance est plus forte et les systèmes sociaux inexistants.
C’est le transfert de richesse international le plus important depuis la fin du XIXème siècle. Cette exportation de l’épargne des pays pauvres aux pays riches via le système financier, favorise les émergents dont la croissance du PIB s’accélère au fur et à mesure. Et c’est, aussi, le processus qui amplifie la mondialisation financière par le truchement d’opérateurs qui disposent d’outils puissants (banques, hedge funds) dans un monde libéral sans suffisantes réglementations et qui parie sur un cercle vertueux sans fin. Le manque de contrôle de la solvabilité des emprunteurs (subprimes), le manque de visibilité du risque global, accroit la vulnérabilité du système financier (une bulle de l’endettement privé) qui aboutit, en 2007, suite à la faillite de Lehmann Broders, à une crise de confiance générale.
Alors, face au risque enfin tangible, les opérateurs arrêtent brusquement de se prêter entre eux et essaient de se débarrasser au plus vite de leurs actifs dévalués. Le système financier et industriel se retrouve très vite sans prêteurs ni emprunteurs, alors même qu’il y a toujours autant d’épargne disponible (PVD); ce qui entraîne immédiatement une baisse du revenu mondial et le risque d’une grande dépression comme en 1929.
En réaction –période 2008/2010 – suite au G20, les pouvoirs publics se substituent aux prêteurs privés et les états s’endettent à leur tour afin d’apporter de la liquidité au système (y compris ceux qui sont déjà fortement endettés). Emprunteurs publics remplacent en première ligne les emprunteurs privés. Même la Chine se lance dans une politique de crédit expansif vers son propre marché intérieur. Cette politique d’expansion budgétaire s’opère tout azimut (USA, UE, Moyen Orient, Chine) et c’est la réponse forcée, mais salutaire, à la crise dont découle aujourd’hui le déficit budgétaire globalisé et une nouvelle phase du chacun pour soi après la stabilisation de la crise économique.
Les pays émergents ont encore une perspective de croissance de leurs revenus (rattrapage de leur marché intérieur) et font face sans difficulté à la charge de leur dette puisque celle-ci était faible au départ. Les pays développés, à l’inverse, n’ont pas les mêmes potentialités économiques, et donc une capacité de remboursement limitée tout comme une capacité d’endettement supplémentaire plus restreinte. Sans compter leurs engagements sociaux préexistants dont ils ne peuvent se dégager facilement.
Se profile alors, après la crise de la finance globalisée et la crise économique de 2007, la crise de la dette. Dans les pays développés, deux attitudes prévalent, qui illustrent des modèles économiques divergents:
- les USA et le Japon tablent sur une relance économique pour palier à leurs difficultés. L’endettement public est maintenu pour soutenir l’économie et préserver l’activité. Pour eux, le déficit n’est pas le problème immédiat.
- L’Europe vise l’équilibre budgétaire pour rétablir la confiance des agents privés et afin que ceux-ci puissent à nouveau opérer sans risque. Des politiques restrictives sont mises en œuvre.
Cependant la discipline budgétaire n’a jamais été uniformément respectée (notamment en France) et le niveau de l’endettement n’est pas le même dans les différents pays de la Zone Euro (ZE) : l’Allemagne, par exemple, n’a pas de difficulté à se défendre grâce à ses exportations, tandis que l’Espagne dont les exportations progressent (mais représentent seulement 20% de son PIB) ne s’en sort pas. Cette dispersion des chocs et des sollicitations des finances publiques, cette inégalité des situations, est la cause principale de la crise de l’€ qui provient directement de l’instabilité de la finance globale des dernières années. Comme le dévoile ensuite la crise Grecque.

2° Après la crise Grecque
Fin 2009, les marchés financiers, effrayés par la faillite d’une entreprise de Dubaï, se mettent à vendre de la dette grecque et les taux d’intérêt des prêts internationaux grimpent rapidement. Dans la tourmente qui s’ensuit, la troïka (FMI, UE et BCE) négocient (dans un cadre punitif) avec la Grèce pour que celle-ci se soumette à un plan de rigueur en contrepartie de leur aide. On demande aussi (c’est moralement juste mais malvenu politiquement) aux agents privés (les banques qui ont acheté des emprunts grecs) de renoncer à leurs créances pour sauver ce pays du défaut qui entraînerait l’Europe dans le chaos.
Ces prises de pertes importantes rajoutées à la crainte d’un manque de soutien collectif entraînant des faillites en cascade, renforcent les doutes des opérateurs au sujet de la solidité de la monnaie unique. Ces atermoiements politiques attisent l’énervement des marchés qui, faute de solidarité européenne en vue, vendent aussi de la dette irlandaise, espagnole, portugaise…..et augmentent ainsi la prime de risque de tous les pays européens endettés.
Le processus de coordination des politiques économiques et budgétaires a trop tardé. C’est devant la débâcle en cours qu’il commence seulement à s’envisager. La zone euro prête ainsi le flanc aux attaques de ceux qui la mettent en question et si la contagion s’amplifiait, s’entamerait alors son dé tricotage. Les exigences de l’Allemagne, qui a réussi son plan de rigueur et qui est imitée dorénavant par l’Italie de Mario Monti, font peser sur toute la ZE un ralentissement économique qui étouffe de plus en plus l’activité. Il faut donc ralentir le rythme de resserrement budgétaire pour revenir très rapidement à une situation viable dans tous les pays de la ZE et éviter ainsi son éclatement. Nous sommes en plein affrontement entre la politique et les marchés financiers, avec le blocage de l’Allemagne qui serait prête à s’engager en coresponsabilité, mais seulement avec des états endettés qui accepteraient de resserrer autant que nécessaire leurs critères budgétaires.
Cette exigence ne résoudra pas la fragilité inquiétante du système bancaire espagnol, qui pourrait collapser suite à l’éclatement de la bulle immobilière dans ce pays et contaminer à son tour les finances des Etats.

Débat

Q1) Est-ce qu’il serait possible de recréer une ZE entre pays qui peuvent s’entendre ?
AB : C’est le traité de l’UE, qui, n’ayant pas inscrit la solidarité entre les pays dans la Charte fondamentale, a généré les contradictions que l’on paie aujourd’hui. La ZE a été bâtie autour de principes insoutenables : refus de la solidarité financière et de la responsabilité budgétaire, fédéralisme monétaire et renationalisation des politiques économiques, absence de gouvernement économique et prêteur en dernier ressort… Mais cette solidarité est en train, peu à peu, de se recréer (quoiqu’on en soit pas encore arrivé aux euro-bonds car la mutualisation des dettes exige des conditions juridiques et politiques –notamment la révision des traités- dont les délais sont incompatibles avec l’accélération de la crise)

Q2) Pourquoi prête-t-on aux banques à 1% et pas aux états ?
AB : La BCE prête pour aider les opérateurs privés à acheter des obligations publiques, ce que ses statuts lui interdisent de faire directement. La BCE est un intermédiaire qui emprunte à un taux de 0,25% à des banques qui ont des liquidités à placer mais qui ne veulent plus le faire auprès d’autres opérateurs privés fragilisés par la crise de la dette. La BCE se substitue alors à ces banques en assumant le risque à leur place, mais en prenant aussi son bénéfice. Ainsi cela a permis, par exemple, aux banques espagnoles, de racheter la dette de l’Etat espagnol pour la refinancer. D’ailleurs, la BCE (malgré ses statuts et même sous la direction de Jean Claude Trichet) est intervenue en 2010 en achetant 10 milliards de dollars de la dette grecque (en se justifiant par la nécessité de mettre un peu d’ordre dans les perturbations de la politique monétaire européenne)

Q3) Est-ce que ce ne n’est pas la titrisation à outrance des instruments financiers, qui est responsable des perturbations de la finance mondiale ?
AB : La titrisation des prêts aux USA et la complexification des produits financiers ont affectivement joué un rôle perturbateur mais, globalement, ce sont des instruments extrêmement puissants pour faire circuler l’épargne, donc en fait très utiles. Il faut, cependant, les surveiller. Quant aux CDS dénoncés par la gauche, ils n’ont pas eu le rôle qu’on leur prête dans cette crise et leurs montants sont comparativement dérisoires. Le système financier est nécessaire pour l’économie et on oublie l’utilité de son rôle d’agent économique, pour ne regarder, avec horreur, que la spéculation. Ce n’est pas pourtant celle-ci qui a causé la crise de l’€ mais le manque d’encadrement général et de coordination politique.

Q4) Qui impose des règles aux financiers et aux paradis fiscaux?
AB : La droite ne veut pas de règles, la gauche n’aime pas la finance (dixit François Hollande), ce ne sont pas ces « à priori » qui permettront de réguler la finance correctement.
On pourrait d’ailleurs, taxer les profits du système financier mais il serait très mauvais de taxer les opérations elles-mêmes. Le montant des échanges financiers n’a pas, en soi, de conséquence : 1500 milliards échangés tous les jours sur le marché des changes, dont 50% sont du dollar contre de l’€, ne font pas varier beaucoup le taux de change. Il n’y a pas de conséquence fâcheuse à l’accroissement des volumes.
Quant aux paradis fiscaux, il serait facile (si tous les autres Etats le voulaient aussi) de les éliminer : il suffirait de leur interdire d’opérer sur le territoire et ils n’auraient plus d’utilité pour personne.

Q5) Quelle solution à la crise de l’€ ?
AB : On a besoin, tout de suite, de plus de croissance. Des grands travaux seraient insuffisants et sans effets rapides. Il faut donc, d’une part, desserrer le rythme auquel on réduit les déficits budgétaires et, d’autre part, un parapluie protecteur pour éviter que les pays faibles soient les premiers à lâcher. On fera démarrer la croissance par la demande, pas par l’offre. Il faut donc un soutien collectif aux banques et plus de politiques monétaires expansionnistes.

Q6) Les collectivités locales aussi ont du mal à emprunter.
AB : Les banques prêtent moins et, comme pour les ménages, les collectivités locales ont beaucoup de mal à emprunter de l’argent. C’est d’ailleurs pour cela que les banques doivent passer par la titrisation pour pouvoir leur prêter malgré le risque potentiel que cela représente.

Q7) Comment a fait l’Argentine pour s’en sortir après le défaut de 2002?
L’Argentine est un exportateur de matières premières et ce sont les besoins des pays en expansion de la période antérieure à 2007 qui lui ont permis de dégager des excédents et de progresser à son tour malgré le défaut qui l’avait privé de crédit sur le plan international. Ce n’est pas le cas de la Grèce, qui ne dispose pas de ressources aussi abondantes.

Yvon Helft

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