03/10/2016 - Avenir économique de la Chine - Dominique de Rambures

Quel sera l'avenir économique de la Chine ? Le 3 octobre, avec Dominique De Rambures

Exposé

Depuis quelques temps la presse parle moins de la Chine et pourtant le grignotage continue en mer de Chine (incident à Okinawa) où la Chine est en litige avec tous ses voisins ; Elle fait de l’entrisme en Afrique et en Amérique latine. Mais la Chine a engagé une politique de transition à haut risque à l’intérieur (endettement des entreprises, vieillissement de la population, migrations internes…)

L’État et le marché.

Regardons le passé. En 81 av JC, l’empereur Wu décide d’organiser un débat (la philosophie chinoise est très concrète : comment vivre ensemble, gouverner un grand pays…) Le débat porte sur le monopole du sel et du fer. L’État a le monopole du sel depuis 40 ans mais a besoin d’argent pour financer la guerre. Aussi afferme-t-il le monopole à des marchands (les plus méprisables des chinois).

Deux parties se disputent : les légistes ou représentants de l’État et les confucianistes. Qui sont-ils ? Les légistes  représentent un courant de politiciens roués né au 3ème siècle BC. Ils écrivent ; ont recours à des méthodes autoritaires et sont contrôlés par les « doubles mâchoires ». On n’est pas loin de la situation présente qui donne à l’État le moyen d’être compatissant. Pour « Confucius » le gouvernement se fait par la vertu au moyen de rites ou règles qui s’appliquent à la vie sociale (transparence, comportement…). Mencius (confucianiste du IVème siècle BC) distinguait :

  • Le peuple (paysans) motivé par  l’intérêt
  • Les mandarins lettrés
  • Les sages qui ont atteint la perfection obligés de pratiquer la vertu « humanité » (on est dans une morale politique différente de la démocratie.

Tout au long de l’histoire, les gouvernements sont confucéens mais légistes en pratique. Le gouvernement actuel est légiste mais plus accommodant dans la vie sociale.

Le contrôle de l’État sur elle se fait de différentes façons :

  1. Il est propriétaire et contrôle par diverses voies la plus grande partie des entreprises :

o   Par un fonds public d’investissements, le CIC (800 G$)

o   Par le fonds de gestion des cotisations sociales qui peut prendre des participations

o   Par la SAF qui gère les réserves de change (et vient de prendre une participation dans Mediabanca

o   Par ses participations dans les sociétés étrangères qui ne peuvent détenir plus de 49% du capital (et 20% dans les banques)

o   Par d’innombrables sociétés contrôlées par les collectivités locales pour fourni les services de proximité. Si on a une petite entreprise hors secteur stratégique, il faut voir le secrétaire du parti pour recruter !!

o   Par un échelon de contrôle des entreprises présent dans chacune d’elles via une cellule du parti, une cellule syndicale désignée par le parti, un département spécialisé pour contrôler l’application des directives du parti.

Autrement dit parler de groupes privés n’est pas possible. Tout ceci donne prise à la corruption. L’argent noir va vers les banques chinoises de Hong Kong où de petites participations au capital sont données.

  1. Le Plan n’existe plus depuis 1992. Son administration a été remplacée par celle du Comité central pour le développement et la Réforme très présente mais plus souple que celle de l’ancien Plan. Trois niveaux de contrôle :

o   Planification impérative pour tous les organismes contrôlés par l’État

o   Planification incitative pour les autres (Universités, centres de recherche…) sous forme de contrat

o   Pour tous les secteurs importants, objectifs concertés.

  1. Le troisième niveau de contrôle est l’environnement institutionnel. Pas d’État de droit. Plus important d’avoir un bon carnet d’adresses. Le juge consulte d’abord le bureau du parti pour savoir s’il est compétent pour tel ou tel litige. Idem avant de prononcer la sentence (cf. affaire Danone-Wahaha).

Il existe une pratique très ancienne de la « pétition » des villageois à l’empereur contre des fonctionnaires corrompus. Le nombre des pétitions adressées au parti est supérieur à celui des contentieux en justice.

Conséquence : Le montant des investissements de la Chine à l’étranger est devenu supérieur à celui des investissements étrangers en Chine. Pour ces derniers c’est une affaire difficile et aléatoire. Incertitudes sur la propriété intellectuelle, sur l’application du Droit du travail, la protection de l’environnement, sur les règles de sécurité…

La stratégie de l’État est d’utiliser les entreprises étrangères pour peser sur les entreprises chinoises. Exemple UBER qui entre en Chine assez facilement jusqu’à ce qu’une réglementation de l’État sorte qui favorise son concurrent « Didi » qui capte 80% du marché. Uber est contraint de revendre sa participation à Didi.

 

Conclusion : L’économie chinoise n’est pas une économie de marché au sens où on l’entend. Il y a du dumping, et un contrôle très étroit rendant la libéralisation impossible. On ne va jamais au bout de cette logique car les décisions du gouvernement sont toujours le résultat d’un compromis entre conservateurs et libéraux. Plus le régime se libéralise au plan économique, plus il est autoritaire au plan politique.

 

Débat

        Q1. Le taux de croissance baisse régulièrement ? Si cela continue, il faudra une régulation drastique.

  1.   La Chine est engagée dans la transition d’une économie tirée par l’investissement public vers une économie tirée par la consommation. Mais elle va atteindre son pic démographique avec un rétrécissement de la base de la pyramide des âges et un problème du financement des retraites. Il faut maintenir un équilibre entre les factions qui se disputent le pouvoir. Bref, de nombreuses difficultés structurelles qui font obstacle à cette transition.

        Q2.  Compétences des collectivités locales ?

  1.   Aucune !

        Q3. Qu’est ce qui a fait exploser le pays au point de devenir la 2ème économie mondiale ?

  1.   Le progrès a commencé au début du XXème siècle où les chantiers navals de Shang Haî étaient devenus alors les premiers du monde, mais le  système qui a très bien marché depuis 50 ans ne marche plus.

        Q4.  Problème des migrants ? Étrange phénomène propre à la Chine mais vous n’avez pas pris en compte les mouvements sociaux qui sont apparus.

  1.   Oui. Les deux sont associés. Pour gérer l’exode rural Mao avait institué le Hukou, permis de migrer en un endroit donné en y acquérant certains droits. Pour aller en ville, il faut une autorisation ! Mao a toujours favorisé la classe ouvrière par rapport à la classe paysanne. Pour recruter, un entrepreneur va voir le chef du parti qui l’autorise à faire venir les paysans qui lui conviennent à titre temporaire. Les collectivités locales font souvent de la résistance., il se heurte à la permissivité de la démocratie.

        Q5.  On dit que les salaires ont beaucoup augmentés provoquant un reflux de la délocalisation. Le régime, avec un parti fort, trop de problèmes non résolus, une économie assez libéralisée ne risque-t-il pas de faire école dans le monde ?

  1.   Mouvements sociaux ? toutes les grèves qui ont eu lieu sont apparues dans des sociétés japonaises – l’ennemi héréditaire -. La politique des salaires est voulue par le gouvernement pour assurer la transition vers une économie de consommation. Ce modèle est très chinois et difficilement transmissible ailleurs.

        Q6. Rôle de l’école pour la transmission du modèle ?

  1.   Quand la réforme « Deng » a débuté en 1980, toutes les structures institutionnelles se sont effondrées. Après la révolution culturelle, on reconstruit l’école publique mais pour avoir une bonne formation, il faut payer (cher) une formation privée. Tout est maintenant payant. L’école est très inégalitaire. L’enfant est déjà pénalisé par son régime : il est laissé au village avec ses grands-parents si les parents ont « migré ». On a le même problème dans les grandes villes où les parents vont en banlieue…d’où le renouvellement de la classe dirigeante (Les fils de…) ; Au sommet, il n’y a pas de fractures politiques mais des fractures géographiques.

        Q7.  Opposition ?

  1.   Les partis politiques font partie d’un « front national » avec le parti communiste !!! L’opposition officieuse est très minoritaire. Le Parti accepte toutes les discussions mais à l’intérieur du Parti !

 

Gérard Piketty

Laisser un commentaire