Un chantier du Club : Réhabiliter le politique – Pour une démocratie avec les femmes

Pour une démocratie avec les femmes

Jeannine Moussuz-Lavau
Directrice de recherche au Centre d’études de la vie politique française

AVEC 10,2 % DE FEMMES À L’ASSEMBLÉE NATIONALE, la France demeure l’avant dernier pays de l’Union européenne pour ce qui concerne la représentation du deuxième sexe dans les Assemblées élues. Or elles forment 53 % de la population, 45% des actifs, plus de la moitié des élèves de l’enseignement supérieur, et 30 à 40 % des adhérents des partis politiques.

Une telle distorsion entre la composition de la France réelle et celle de la classe politique ne peut manquer de poser la question de la nature proprement démocratique du pays dans lequel nous vivons. Que la moitié de la population soit presque exclue des postes de pouvoir amène à l’évidence à envisager des mesures contraignantes pour que les partis politiques, qui ont quasiment l’exclusivité de la sélection des candidats, confient plus largement des responsabilités aux femmes.

Les partis de gauche et les Verts s’y emploient depuis quelques années (Le PS a réservé en 1997 28 % de ses circonscriptions aux femmes) mais l’ensemble de la classe politique ne s’est pas encore mise au diapason. C’est la raison pour laquelle il fallait inscrire dans la Constitution un amendement selon lequel ” la loi favorise l’égal accès des hommes et des femmes aux mandats électoraux et fonctions électives “, ce qui a été fait le 28 juin 1998 par le Parlement, réuni en Congrès à Versailles.

Mais si l’on en restait là, cette révision n’aurait servi à rien. Il importe maintenant de voter de nouvelles lois électorales qui mettent en œuvre cet accès à la parité entre les hommes et les femmes dans le domaine politique. La première échéance est celle des élections municipales de 2001. Parviendra-t-on, dès le début de l’an 2000, à voter une loi établissant que, dans les communes de plus de 3 500 habitants, les listes devront être paritaires, avec en alternance un homme/une femme/un homme/une femme ? Tel est l’enjeu des prochains mois.

Jeannine Moussuz-Lavau
Directrice de recherche au Centre d’études de la vie politique française