07/03/2016 - Chine et Démocratie - Jean Luc Domenach

Jean-Luc Domenach, le 7 mars, la Chine

Exposé

La Chine montre une réussite économique et sociale impressionnante depuis 1979. 50 % de la population est maintenant urbanisée. Mais la réussite politique est plus problématique.

Mao Tsé Toung était aussi un nationaliste préoccupé du sort de son pays et de son indépendance. Il savait que cela devait passer au début par l’aide de Moscou pour en arriver finalement par s’affronter au vrai challenge que constituait les USA.

Il a commis l’erreur du grand bond en avant (1958-1962) qui a causé entre 30 et 55 millions de morts et débouchera finalement quelques années plus tard sur le révolution culturelle dans une ultime tentative par Mao de récupérer son pouvoir mais qui en fait conduira à sa perte.

- Est alors arrivé au pouvoir Deng Xiao Ping qui a compris qu’il fallait respecter la population et lui donner à manger. C’est le début de l’économie avec des résultats spectaculaires. Cette Chine a eu l’intelligence d’aller voir ce qui se faisait aux USA et a compris que l’avenir était du côté du capitalisme. Ceci lui permet de préparer son entrée à l’OMC en 2001. Fallait-il le faire car, faute de contrôles possibles, la Chine a roulé tout le monde et n’a pas respecté ses obligations ? Quoiqu’il en soit, 15 ans plus tard elle arrive au 1er rang mondial. Le président Xi Jinping vient faire en Italie un exposé très remarquable sur la mode. À Paris quatre membres du bureau politique ont acheté des appartements près de l’hôpital Cochin pour se faire soigner. Les enfants de l’élite sont éduqués aux USA et en GB. Il faut parler anglais. Bref, on va vers la richesse et la puissance : Xi Jinping dont la fortune est estimée à 350 M$, peut soutenir une conversation de 2 heures avec Obama en anglais. Il a compris qu’il fallait prendre en charge les intérêts du monde (rôle joué à la COP 21). On est devant une nouvelle direction chinoise composée des «  fils de prince » qui occupe le terrain caractérisé par un système politique communiste et un système économique capitaliste où le profit va au meilleur. Avec un niveau général des salaires maintenant équivalent à celui de la Roumanie, il devient difficile d’assurer la croissance chinoise qui se situe désormais entre 2-3 et 6-7%.

- Cela mène-t-il à la démocratie ? Les chinois la veulent. Des facteurs importants sont à l’œuvre. Ils en ont marre des inégalités, des enfants trop chers (il faut faire de l’anglais). Ils ont beaucoup d’admiration pour les USA, pour ce qui mêle richesse et respect d’autrui dans la politique. Mais ils savent aussi que la démocratie, c’est aussi pas très brillant (cf. Donald Trump). Au final, ils ne la veulent pas trop vite car la démocratie en politique se double de la démocratie sociale. Les femmes chinoises sont extraordinaires. Les mâles sont fatigués par l’exercice de tous les pouvoirs. C’est trop dur et ils sont nuls. La démocratie s’insinue aussi à des niveaux plus bas, favorisée par l’urbanisation.

L’économie chinoise extraordinairement réactive et rapide, mais pourrie et imprévisible se prête mal à la discussion et la concertation. C’est le bazar : on ne sait pas où est l’argent et les hommes qui comptent. Les commissariats de police investissent aux USA l’argent de la drogue et de la prostitution. Beaucoup des hommes influents sont déjà partis. Les 500 plus riches chinois très liés au pouvoir ont en permanence une réservation avion pour l’Occident. Tout ceci se combine avec de vieux problèmes qui peuvent devenir grave en période difficile.

La plupart des provinces chinoises forment des entités géographiques avec une grande distinction entre les plats géographiques, civilisés et contrôlés, et les pentes où on est très vite perdu. Des provinces très marquées qui ont profité de la croissance économique peuvent se payer des armes s’il le faut. Tout peut changer très vite. Si les provinces sont si fortes, c’est qu’elles ont une tradition culturelle solide.

La Chine a une capacité extraordinaire pour se casser la figure et commence à arriver à un niveau tel qu’on arrive à des dangers. Trop dure à gouverner (cf. la difficulté à gérer le problème nord coréen). L’unité et la solidarité sociale ne sont pas encore là. Les chinois ne lisent pas : le pékinois de Canton est différent du pékinois de Pékin.

Il n’y a plus de totalitarisme et de camps de travail : le pays navigue à des hauteurs brillantes mais instables et dangereuses.

Débat

Q1. Hong Kong est-il un danger ou une chance ?

  1. Cela a été une très grande chance en protégeant ceux que Mao n’avait pas écrabouillés. Le pouvoir est tenté par Hong Kong qui tient bon. Pas d’intérêt bien raisonnable à faire tomber Hong Kong. Les Hongkongais fuiront en cas de coup dur.

         Q2. Et Taïwan ?

  1. 1 million de taïwanais travaillent en Chine. L’île avec 25 M d’habitants est prospère avec un régime démocratique.
  2. Après un voyage, je pense que la Chine n’a pas les instruments pour penser son futur. Puissance et concurrence des provinces. Le pouvoir fort n’est pas fort !

R. Mon meilleur étudiant avait posé les bonnes questions :

- Voler à l’extérieur peut-il être bon ? Réponse : Oui !

- Cela fait-il un ensemble ? Réponse : Non.

Oui, la Chine ne sait pas où elle va. Qu’il s’agisse du régime (force ou sagesse), du partage de la richesse, de la société à construire.

Ils ont compris qu’il fallait urbaniser. Ils ont choisi le passage à la consommation…avec un équipement (transport, protection de l’environnement) convenable. Ils ont dessiné un plan de partage de l’espace : 1/3 pour le remodelage de l’agriculture sur le modèle des sovkhozes, 1/3 réservé à une énorme industrie touristique, 1/3 pour des zones vierges respectant la Nature. Comment cela fera-t-il société ?

Q4. Que reste-t-il de la culture ancestrale ?

  1. Elle n’était pas partout et n’est intéressante que si elle peut rapporter de l’argent.

         Q5. Rôle de contre pouvoir d’internet et des réseaux sociaux ? Comment la sous-traitance d’IKEA en Chine a-t-elle été rendue possible ?

  1. Progrès dans l’environnement mais seuls les cadres émergent de la pourriture. Tout s’achète en Chine.

Avec Internet, ils ont eu la frousse et ont fait gaffe (Mes étudiants travaillaient pour les flics). Il est très contrôlé. Pas d’accord avec l’article du Monde « La révolte gronde. Les intellectuels se vengent ». Beaucoup de gens se défendent parce qu’ils défendent leur bifteck. Ils le font mieux que les français.

         Q6. Tout ce que vous dites ne donne pas envie d’aller en Chine. Qu’y a-t-il de positif ?

  1. Ce pays est en train de sortir d’une période effroyable, impensable pour nous. C’est mieux et j’ai de la sympathie pour ce pays.

         Q7. L’endettement chinois n’est-il pas une patate chaude dangereuse ? Environnement ? Vous avez dit qu’ils réagissaient très vite. Ils ont monté des marchés du carbone. Savent-ils où ils vont ?

  1. L’air est irrespirable. Ils l’ont compris après avoir fait des horreurs. Ils visent à l’exportation de hautes technologies. Il y a au moins un stagiaire chinois de haut niveau au sein du CEA.

         Q8. Problème des minorités ? Tibet ? Ouigours ?

  1. Je suis moins pessimiste pour les Ouigours ou la structure sociale accorde aux femmes une place déterminante. Je suis en revanche pessimiste pour le Thibet : ils (les chinois) recherchent les « curés de campagne » qui interdisent à leurs ouailles d‘apprendre le chinois.

         Q9. Quid de la situation en mer de Chine ? et vers l’Afrique ?

  1. Ils sont bien installés en Afrique où ils n’ont commis l’erreur que d’importer leurs prostituées. En mer de Chine, la situation est plus grave. L’erreur des erreurs a été de s’en prendre au Vietnam qui sait très bien faire la guerre.

         Q10. Importance de la famille chez nous. En Chine l’ambiance est bien triste. Les familles sont en crise. Cela n’a-t-il pas contribué à la fuite en avant vers l’argent ?

  1. Oui. Mais à relativiser : rares sont les familles chez nous où il n’y a pas de problème grave. En Chine, le mariage a été une catastrophe pour la génération qui a 60 ans. Mais il y a une amélioration récente et ils vivent beaucoup mieux leur fin de vie.

         Q11. Que penser de la Chine face au conflit du Moyen Orient ?

  1. Ils s’en foutent sauf à apprendre comment les Russes ont fait pour rouler les occidentaux. Poutine est pour eux un incapable de première grandeur. L’avenir du monde se joue dans les bourses, dans l’environnement, dans les grands pays.

         Q12. Quelle stratégie mondiale ? Se servent-ils de leur diaspora ? Que font-ils de leur propriété de la moitié de l’économie américaine ?

  1. Ils ne sont pas assez coordonnés pour faire quelque chose et ils adorent les USA.

         Q13. Problème de la prostitution ?

  1.    les prostituées sont âgées parce que virées de Chine à la fin des années 90s (choc de l’OMC). Situation dramatique. Elles sont parties. Restent au tapin en France pendant 2-3 mois, puis trouvent un vieux français. À pleurer. Beaucoup de mariages récents.

         Q14. Le boudhisme en Chine ?

  1. Mauvaise période pour les religieux chinois.

         Q15. Combien de « fils de princes » éduqués aux USA ?

R. 2/3 ont passé entre 15 jours et 3 ans aux USA et ils parlent très bien anglais.

         Q16. ..et le système de santé ?

  1. IL est pourri. Médecins véreux. Le prix est toujours plus que le prix.

 

Gérard Pikettyv

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