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11/03/2019 - Démocratie et changement climatique - Valery Laramée

L’ONU prévoit 250 M de réfugiés climatiques en 2050. Au dernier recensement on en comptait 65 dans le monde toutes causes confondues dont 40 M à l’intérieur de leur pays.

                Sur les 22 dernières années, 20 comptent parmi les plus chaudes depuis le début du XIXème siècle avec une augmentation moyenne de la température de 1°C sur l’objectif de 1,5 poursuivi. Les teneurs de l’atmosphère en GES sont en augmentation de 20% soit la plus grande variation enregistrée depuis 800000 ans. On émet aujourd’hui 50 GT deCO2 par an contre 22 en 1990. Les énergies fossiles représentent 80% de l’énergie primaire consommée.

Le changement climatique bouleverse le cycle de l’eau réduisant la productivité agricole, menaçant les infrastructures … soit des accélérateurs de la crise. Par exemple la Syrie ou la pluviosité a baissé de 13%. Énorme vague de chaleur en 2010. Baisse de la production alimentaire avec nécessité d’importations de Russie à prix élevés. Le gouvernement a décidé de moderniser l’agriculture mettant du jour au lendemain 890 familles sur les routes dans le même temps que la hausse des prix des carburants était autorisée, facteurs contribuant au début des manifestations (11 mars 2011).

Autre exemple le Nigéria où la population a été multipliée par 3 depuis 1960 entraînant un exode de la population vers le lac Tchad également suscité par Boko Haram. L’accès à l’eau est mis en cause dans les grandes villes. Lagos, 15 Mhab reçoit 15000 habitants de plus par jour sur les bords de l’atlantique dont le niveau s’élève de 3mm/an.

Le même phénomène – augmentation de la température, baisse de la pluviosité, baisse de la production agricole s’observe tout au long du tropique du Cancer., engendrant l’émigration …et ses réactions : Menaces sur la démocratie en Hongrie et Pologne, croissance de l’AFD en Allemagne face à A. Merkel, la demande de Brexit de l’UKK aux cris de « virer les réfugiés »,mais aussi l’exemplaire Suède expulsant 150000 réfugiés, le mot d’ordre généralisé des politiques « Stopper l’immigration »,  le mur de D. Trump, la sous-traitance par l’UE du problème à la Turquie…

Au Pérou le sentier lumineux ressurgit de la lutte contre les mines qui accaparent les ressources en eau.  Des affrontements pour la même cause en Inde …

Menace élevée aussi en Chine du Nord-Est où l’on prévoit une augmentation de la température de plus de 2°C en 2030 avec baisse de 15% de la production de céréales et baisse de la production d’électricité. Pour résoudre le problème, la Chine va chercher l’eau sur les contreforts de l’Himalaya impactant l’Indus, le Mékong et le Brahmapoutre. Au même moment la Chine a trop d’eau au sud : Canton s’enfonce sous le poids croissant de la ville (une tour de plus par jour) pendant que le niveau de l’océan croît.

Problème aussi dans la région bordelaise avec une salinisation des nappes… en Californie avec de gigantesques incendies …

Le nombre des victimes pour faits de guerre entre les nations est en forte baisse mais les victimes internes sont en forte hausse.

Les démocraties peuvent-elles lutter ? Il faudrait investir 85 G$/an en France dans la lutte contre le changement climatique. On en est à 40 et l’État, prisonnier de Maastricht, ne peut le faire. On achète pour 70G$/an d’énergie fossile.

Pour une lutte efficace, il faudrait tout changer : formidable projet de société.  Aucun parti ne s’est saisi de la question qui tombe pourtant bien alors que nous ne créons plus d’emplois : Stabiliser la hausse de la température à 1,5 °C serait formidablement créateur de richesses. Rappelons le rapport Stern de 2006 : Consacrer 1% du PIB à la lutte contre le CC suffirait mais si on ne le fait que lorsque l’on y sera acculé, il y faudra 20%.

Que faire ?

  • Décarboner le plus vite possible. Électrifier le plus d’usages possibles (N.D.L.R : en 1975 la mode était au Haro sur EDF et le tout électrique !)
  • Développer les renouvelables et le nucléaire (l’Arabie Saoudite envisage 50 GW de solaire en 2050 – soit en gros l’équivalent de 50 réacteurs nucléaires-)
  • Investir dans l’efficacité énergétique
  • Interdire les voitures thermiques. Les grands constructeurs n’auront plus le choix si la Chine s’y met
  • Convaincre les investisseurs de ne pas investir dans les énergies fossiles.
  • Taxer sévèrement la tonne de CO2 émise (40 € aujourd’hui mais il faudrait monter jusqu’à 500). Taxer les émissions de GES est rentable : Depuis que la Suède a porté la taxe à 120$/t de CO2, le PIB a cru de 20% comme sa propre population. L’imposition directe a été diminuée d’autant et le pays est aujourd’hui neutre en carbone.

Débat

                Q1.  La Chine a imposé de produire 10% de voitures électriques. C’est une décision autoritaire et non démocratique.

R.  Il faut se mettre en économie de guerre comme Churchill et Roosevelt l’ont fait pour avoir une vision cohérente. Il faut densifier les centres-villes, développer les moyens de mobilité, utiliser la Seine pour rafraîchir la température, réduire la production de viande bovine (10% des émissions de GES). Les sols sont des puits naturels de carbone. Il faut dépenser 100€/ha pour reconstituer un sol en deux ans.

La transition climatique coûte très cher : il faut rediriger l’épargne vers elle. L’épargne mondiale représente 100000G$. Il suffit de la flécher vers les usages bas carbone en dérentabilisant la production d’énergie fossile. Les subventions aux énergies fossiles représentent aujourd’hui 5300 G$/an. C’est un problème de vision que les politiques n’ont pas.

Les GJ veulent une taxe carbone plus juste

Aucun parti n’a conçu un projet de société qi soit une réponse à long terme à l’enjeu climatique.

                Q2.  Il me semble à voir la situation épouvantable de la Chine que les pays autoritaires ne sont pas mieux armés pour prendre des mesures. Les démocraties sont peut-être mieux à même de faire face si l’on peut réduire l’inculture scientifique générale du pays.

Le dessalement de l’eau de mer est-il une réponse ? …et mettre dans l’espace d’immenses panneaux solaires  ?

R.  Les technologies de dessalement sont très grosses consommatrices d’énergie … alors avec des centrales nucléaires, ce serait mieux.

Panneaux solaires dans l’espace? Comment transporter l’énergie ?

Décarboner les data centers très énergétivores avec des panneaux solaires peut-être une idée à creuser.

                Q3.  Que pensez-vous des partis écologiques ?

R.  Pas de vision très cohérente sur le long terme. Beaucoup de petites idées intéressantes.

                Q4.  Pourquoi faut-il sortir du nucléaire ? Le risque nucléaire n’est pas le plus important.

R.  Le nucléaire exige un savoir-faire très pointu . En France la réduction du nucléaire n’est pas une bonne idée.

                Q5.. L’augmentation de température de la planète devrait normalement augmenter la pluviosité globale de la planète.

Ce n’est pas encore perceptible du fait notamment  de la concentration croissante dans beaucoup d’énormes villes. Quant à D. Trump, il essaie de supprimer des régulations fédérales (pour protéger l’industrie charbonnière) mais elles n’étaient guère appliquées.

                Q6.  Est-il indécent de parler de démographie ? Comment jugez-vous la décision d’A. Merkel d’arrêter ses centrales nucléaires ? Les batteries électriques, que va-t-on faire des déchets ?

R.  A. Merkel a pris une décision précipitée mais il y a aussi la spécificité du contexte allemand.

                Q7.  …et les déchets nucléaires ?

R. le principal problème est celui de la disponibilité en eau. Risque climatique ? Risque des déchets nucléaires ? On ne peut tout faire en même temps. Il faut hiérarchiser es risques.

                Q8.  La lutte contre le changement climatique est aussi un défi budgétaire pour les États. Ne faudrait-il pas une PEC au lieu de la PAC ? Un budget commun pour cette lutte qui ne rentre pas non contraint ppar les critères de Maastricht ?

R.  Cela se discute ….

                                                                                                                                                             Gérard Piketty

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