04/12/2000 - Peut-on autoriser la production et l'utilisation des embryons humains à des fins thérapeutiques ? - Patrick Verspierren

Dans la fécondation naturelle, un ovule, après fécondation, donne un oeuf qui se divise en deux cellules, puis en 4, 8, 16. Les contours individuels des cellules disparaissent, et au bout de quatre à cinq jours, le stade “blastocyte” est atteint. C’est de la masse cellulaire interne de cet embryon que sont issues les cellules dites “cellules souches embryonnaires” (cellules E.S.). Ces cellules ont la propriété de pouvoir se reproduire un très grand nombre de fois, à l’identique, et cultivées de façon appropriée, elles ont la capacité de se différencier en cellules-précurseurs des différents éléments tissulaires du corps humain. Elles sont dites “pluripotentes”.

 

Maîtriser, in vitro, la différenciation de ces cellules en cellules nerveuses, sanguines, musculaires, fait naître de grands espoirs. Elles pourraient permettre, dans un délai plus ou moins long, de réparer le muscle cardiaque, de traiter certaines maladies neurodégénératives comme les maladies de Parkinson, d’Alzheimer etc.

 

Dans la fécondation in vitro ( FIV), en mettant en présence dans une éprouvette quelques ovocytes et des spermatozoïdes, on obtient autant d’embryons que d’ovocytes fécondés. Le transfert in utero s’effectue au stade 2 ou 4 cellules. Pour des raisons de sécurité, on n’implante plus qu’un nombre limité d’embryons (2 ou 3). Les embryons non transférés sont dits surnuméraires et sont stockés dans l’azote liquide à moins 196 degrés C. On parle de dizaines de milliers d’embryons ainsi conservés.

 

La recherche sur ces embryons, qui ne font plus l’objet d’un projet parental, pourrait permettre:

 

- d’améliorer l’aide médicale à la procréation et, sans doute, de limiter le nombre d’embryons

 

- de mieux comprendre les étapes du développement précoce de l’embryon humain

 

- de cultiver des cellules en vue de l’obtention de tissus, d’organes.

 

Dans le clonage thérapeutique, on essaie d’obtenir un embryon à partir d’un ovocyte dans lequel on aurait remplacé le noyau par celui d’une cellule du patient que l’on désire traiter. On obtiendrait alors son jumeau. Cette technique ne diffère en rien du clonage reproductif qui, pour la première fois, a été réalisé sur un mammifère en 1996 et a abouti à la brebis Dolly. Le clonage reproductif est interdit dans le monde entier.

 

Le but du clonage thérapeutique est de fabriquer des cellules qui se trouveraient compatibles avec le système immunitaire du patient, donneur du noyau. On résoudrait certains problèmes de greffe et notamment leur rejet.

 

Si le clonage thérapeutique est seul capable, théoriquement, de permettre l’obtention de lignées cellulaires totalement compatibles avec le système immunitaire du patient, des possibilités d’action semblent exister pour utiliser des lignées issues d’embryons congelés.

 

Il existe aussi des cellules souches adultes qu’on trouve au sein d’organes, qui sont beaucoup moins figées dans leur état qu’on le croyait. Elles auraient une certaine “pluripotence”. Tel est le cas de cellules souches hématopoïétiques, capables de repeupler la moëlle osseuse et de fabriquer toutes les lignées cellulaires sanguines. Les cellules souches embryonnaires et les cellules souches adultes n’ont a priori pas les mêmes capacités de différenciation ; on peut toutefois essayer toutes les stratégies alternatives.

 

On ne connaît pas grand-chose des cellules souches adultes. Les déterminants de réussite du clonage sont totalement inconnus. Ce ne sont pour l’instant que des perspectives.

 

 

 

Problèmes éthiques:

 

Beaucoup de problèmes se posent quant à l’utilisation d’embryons humains et la production d’embryons à des fins thérapeutiques.

 

L’embryon n’a pas de statut juridique. Peut-on pour autant s’autoriser à le traiter comme un objet, comme du matériel scientifique qu’on jettera ensuite ?

 

En utilisant l’embryon à des fins thérapeutiques, on se donnerait alors la santé comme valeur fondamentale.

 

Si on tente des recherches médicales sur l’enfant, sur l’adulte, c’est en vue de le soigner en faisant en sorte que les préjudices soient minimes et avec consentement, mais on n’imagine pas que mort s’en suive.

 

Comment définir l’embryon ? Le définir comme une personne pose problème ; cependant il représente le commencement d’une vie ; on peut considérer que l’embryon appartient à l’humanité et qu’il doit être protégé en tant que personne humaine potentielle.

 

C’est un problème de dignité humaine; où commence l’humanité? Il serait bien difficile de fixer un seuil et n’y aurait-il pas là le risque d’exclure une partie de l’humanité ?

 

Mais un problème demeure : que faire de ces dizaines de milliers d’embryons humains stockés qui ne font plus l’objet d’un projet parental et ne sont pas susceptibles d’être acquis par d’autres couples ?

 

En ce qui concerne le clonage à visée thérapeutique, cela suppose de détourner la création d’embryons à des fins qui n’ont plus rien à voir avec la reproduction de l’espèce ; ne serait-ce pas entraîner une confusion dans la société en détournant l’embryon de sa fidélité initiale ? N’y a-t-il pas des risques éthiques importants à accepter ce processus de réification de l’embryon humain ? Ce serait un tournant très important.

 

Si l’autorisation est donnée d’utiliser les embryons surnuméraires, il ne faudrait pas basculer dans un système très ouvert d’utilisation ; on pourrait envisager un strict encadrement. Mais quelle commission pourrait être capable de remplir ce rôle ?

 

Les espoirs thérapeutiques, la curiosité des chercheurs et les enjeux financiers considérables, nous entraîneront-ils au-delà des principes ?

 

Un problème n’a pas été évoqué, celui de l’obtention des ovocytes pour le clonage thérapeutique. Comment se les procurera-t-on ? Ce n’est pas aussi simple que le don d’un flacon de sang. Sans doute des femmes subiront-elles des pressions et feront-elles commerce de leur corps.

 

Gisèle Desvages

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