Laurent Toulemon, démographe, Directeur de recherches à l’INED, (Institut National d’Etudes Démographiques) nous a présenté ses recherches au Forum 104. Il est l’auteur de « Les évolutions démographiques de la France » dans le numéro de la revue ESPRIT de 2026/3-4 mars. Il publie souvent dans Population et Sociétés et Informations Sociales. Il s’est appuyé sur l’enquête européenne « Relations familiales et Intergénérationnelles » (ERFI) pilotée par l’INED avec le concours de l’INSEE.
En France, nous avions connu un baby-boom qui a débuté en 1946 et la population aaugmenté en douceur. Ces enfants-là atteignent aujourd’hui leurs 80 ans. Désormais le nombre d’habitants âgés va continuer à augmenter. On assiste désormais à un vieillissement de la population (22% de 65 ans et plus) On parle du droit à mourir dans la dignité !
Le constat : La population vivant en France veut désormais moins d’enfants et la fécondité baisse. L’indice conjoncturel de fécondité a eu un pic marqué, de 2 à 1,7 entre 2010 et 2014. Mais la baisse des naissances s’est poursuivie en diminuant à 645 000 bébés, soit 1,56 par femme, nés en 2025 en France.
Il y a des conséquences à cette baisse : il faudrait un indicateur conjoncturel de fécondité de plus de 2,1 naissances par femme (pour stabiliser le solde naturel1 ) et il n’est né en 2025 que 6000 bébés, soit 1,56 enfant par femme seulement en 2025 !
En Europe, la population se stabilise grâce à un solde migratoire positif. En France, la fécondité se stabilisant entre 1975 et 2014 (de 2 enfants par femme en moyenne) et après 2014, de 1,7 enfant/par femme.
Dans les familles de l’immigration, il y a davantage de naissances. La France a un solde migratoire positif grâce aux naissances qui sont dues à un parent né hors de France. Mais la descendance des immigrés n’est pas plus féconde que celle des Français.
La part des habitants immigrés est de 8 millions, soit 11,6% de la population. C’est une population dont 33% ont acquis la nationalité française.12% des personnes sans ascendance migratoire ont un conjoint immigré. 1/3 des naissances y sont dues à un parent né hors de France et la moitié à un parent né en France.
Après 2014, l’indice conjoncturel de fécondité baisse encore et en 2025, cet indice n’a été que de 1,56. Cette baisse de la natalité va-t-elle se prolonger, s’accentuer ?
Faut-il chercher à ce que la fécondité remonte ? Par des traitements contre la stérilité ? L’amélioration de la situation des jeunes adultes, des jeunes parents, une politique familiale ?
Quel est l’effet collatéral de cette baisse de fécondité sur l’Education, l’emploi, l’aménagement urbain, l’activité en France ? etc.
Une population évolue en fonction du nombre de naissances mais aussi des migrations. L’immigration peut être une ressource à condition de faciliter la bonne intégration des immigrés. Une population qui augmente est jeune (parfois, l’âge moyen est de 20 ans).
En France, il y a plus de plus en plus de gens âgés et moins d’enfants. La fécondité s’est stabilisée entre 2 et 1,7 enfants par femme de 1975 à 2014.
L’Italie et l’Espagne connaissent une baisse plus forte de leur indice de fécondité, à 1,6.
De nombreux jeunes ne souhaitent pas avoir d’enfants. Dans les enquêtes françaises, les jeunes voulaient encore beaucoup d’enfants en 1980, mais en 2023, de plus en plus de gens, surtout d’hommes interrogés, disent ne pas vouloir d’enfants.
Pourquoi la fécondité baisse-t-elle ? Les incertitudes économiques ? Les difficultés de l’organisation des parents (modes de garde) ? Les modulations du temps de travail seraient plus utiles aux parents que de l’aide financière.
Il y a aussi un retard des premières naissances comme un retard de la vie en couple stable.
Avec l’âge, les couples risquent des difficultés pour la fécondité, d’où un risque de difficultés médicales à l’avenir.
D’autre part, des inquiétudes face à l’avenir frappent les jeunes : réchauffement climatique, épuisement des ressources, conflits mondiaux, jouent un rôle.
On note des causes de difficultés spécifiques en France :
- Des tendances démographiques : en France comme en Europe, la population se stabilise et vieillit. Il y a un peu plus de naissances que de décès et un solde migratoire qui est stable. Mais il y a une hausse très importante du nombre de personnes âgées car l’espérance de vie augmente : 85,9 ans pour les femmes et 80, 3 ans pour les hommes.
- Les femmes nées en 1995 ont eu moins d’enfants que celles de 1985.
- La natalité est stabilisée à 1,6 enfant par femme. Cette baisse de natalité va-t-elle se prolonger ?
- Le solde naturel en France est négatif (- 6000) en 2025 pour la première fois depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale.
L’Europe a une population constante grâce au solde migratoire, mais elle risque de baisser. Il y aura beaucoup plus de vieux d’ici 2040 et plus de vieux grâce au retard des décès. Il n’y aura pas de retour en arrière ! Avoir moins d’enfants est-il problématique ? La fécondité a baissé malgré les soins portés à l’infertilité. Mais la stabilité des couples favorise la fécondité, même si certaines (et certains) ont des enfants hors couple. Il serait opportun de permettre aux couples d’avoir le nombre d’enfants souhaité quant au logement car c’est un frein certain.
La baisse des naissances (soit par exemple en 2025, il y eut 24% de naissances en moins qu’en 2010) a des effets macro économiques : elle diminue les besoins, permettent des économies, ou plus de dépenses.
Faut-il lutter contre la baisse de la fécondité ? Il y aurait des effets individuels et globaux mais il est difficile de la faire remonter. Est-ce possible ? Peu d’effets de la part des natalistes ! Il pourrait y avoir des politiques favorables aux jeunes adultes pour un premier emploi, et aux familles pour diminuer les coûts d’une naissance.
L’immigration est une ressource. La France a un solde migratoire positif depuis 20 ans. En France, la hausse est limitée. Et il y a une baisse des sorties du territoire, moins d’expatriations.
Les immigrés sont 8 millions, soit 11,6 % de la population. C’est une population dont 33% ont acquis la nationalité française.
12 % des gens sans ascendance migratoire ont un conjoint immigré.
1/3 des naissances sont dues à un parent né hors de France et la moitié à un parent né en France. Beaucoup de descendants d’immigrés sont aussi descendants d’un français ancré(e); ce sont les immigrés les plus pauvres qui font le plus d’enfants.
Conclusion :
Quelles conséquences de la baisse de la fécondité, les français voulant moins d’enfants ? Les immigrants vieillissent, ont des enfants. L’immigration est une ressource qui limite le vieillissement de la population. Il y a un brassage important des populations autochtones et immigrées.
Il y a un effet sur les retraites : en France, les retraités à 65 ans, ont en moyenne encore 12 ans à vivre, et les femmes meurent plus tard.
Interventions
- Il y a une crise de l’agriculture française, avec des prix de plus en plus bas, c’est une situation dramatique.
- Il y a une corrélation entre la pauvreté et le nombre d’enfants : dans la culture de l’immigration, la fécondité est une valeur, mais la descendance des immigrés n’est pas plus féconde que celle des français. La stratégie de leur intégration, c’est d’être diplômés. La fécondité est différente selon les religions, en Europe du Sud, comme en Italie, un seul enfant, c’est parfait….
- On a rapproché le baby-boom et les Trente Glorieuses. Avec la contraception, les rôles familiaux ont beaucoup évolué.
- La fécondité est plus basse en Italie. G.Méloni a changé par rapport à son discours.
- Les variables sont liées aux Catégories Socio- Professionnelles
1 Le solde naturel de population = le nombre de naissances moins le nombre de décès enregistrés sur un territoire
