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03/11/2025 – Frédéric BOUTEILLE – Quelles perspectives ouvre la notion d’Ensemble national dans le compromis de Bougival prochainement constitutionnalisé ?

Quelles perspectives s’ouvrent à la Nouvelle Calédonie et à d’autres territoires, avec la notion d’Ensemble National à l’intérieur de la République Française, apportée par le Compromis de Bougival prochainement constitutionnalisé ?
C’est la question posée à Frédéric Bouteille, Directeur adjoint du Cabinet de la Présidente de l’Assemblée Nationale, Conseiller chargé des collectivités territoriales et des Outre-mer, ancien sous-préfet en Nouvelle Calédonie.

Christophe Deltombe introduit quelques rappels chronologiques :

Que signifie un Etat indépendant faisant partie de l’Ensemble national ? Cette solution de l’indépendance dans la République une et indivisible peut-elle s’appliquer dans ces territoires ultra-marins ? Qu’apporte la France à ces territoires ? La France de 2025 a-t-elle les moyens de conserver ces territoires ? Pourquoi a-t-on remplacé Manuel Valls ? A quoi ont abouti les Accords de Bougival ?

Frédéric Bouteille précise qu’il est un praticien, qu’il connaît les Outre-mer depuis une quinzaine d’années. Il a servi en Guyane et il a été pris de passion pour ces territoires, ces France du bout du monde, et pour la Nouvelle-Calédonie, magnifique dans sa biodiversité, mais à l’histoire parfois tragique : des chances ont été manquées avec le peuple premier, le peuple Kanak.
Dans les années 80, les indépendantistes du FLNKS boycottent le statut Lemoine qui était bien en-deçà des promesses d’autonomie qu’on leur avait faites, d’où des événements tragiques avec incendies de propriétés caldoches et prise d’otages dans la grotte d’Ouvéa ce qui conduit à ce que 8 gendarmes soient assassinés et l’intervention militaire qui a suivi a fait 90 morts. Le FLNKS de Jean-Marie Tjibaou, décidé à agir, appelle au calme. Mais des Caldoches qui assassinent des indépendantistes, prétendant à la légitime défense si on leur bloque la route. A ce moment-là, la justice, qualifiée par certains de « coloniale » envoie en prison en France…

Rocard voit qu’il faut sortir de l’affrontement, constitue une délégation avec les représentants des cultes. Il comprend la culture religieuse kanak, qui a une culture du pardon, du dialogue. A partir de 82, on innove, on fait le pari de l’intelligence.
Jospin a innové, trouvé une façon de créer un peuple calédonien en mélangeant huile et eau, en transférant aux autochtones les compétences à l’exception des compétences régaliennes. Rien dans nos structures constitutionnelles ne ressemble à la situation de la Nouvelle- Calédonie. Il n’y a eu que l’Algérie qui a été, comme la Nouvelle Calédonie, une colonie de peuplement.

Macron décide de clarifier :

Trois référendums d’autodétermination successifs ont été organisés, en application des accords de Matignon puis de Nouméa :

En mai 2024, il fallait innover, ça a explosé. Le projet de loi constitutionnelle du 13 mai 2024 porté par G. Darmanin visait à ouvrir le corps électoral gelé depuis 2017, ce qui a déclenché des troubles majeurs, très violents : 13 morts, 2,5 milliards d’euros de dégâts, une crise économique consécutive, il y a eu une chute du PIB et 13000 personnes ont quitté le territoire. Il y eut une chute du nickel, un effondrement. L’économie était à terre. Frédéric Bouteille, présent sur place lors des événements, a témoigné de la gravité de la situation : « Cette nuit-là, la République a vacillé, on ne tenait plus grand-chose à Nouméa. »
En juillet 2025, il s’agissait de renouer les fils du dialogue. Manuel Valls fut chargé de relancer les discussions et mena des négociations, sachant que les Kanaks sont 41% de la population.
On finit par inviter les négociateurs à Paris, avec Gérard Darmanin.

Le compromis de Bougival n’est pas vraiment un accord, et la notion d’Ensemble national est un objet juridique non identifié : un Etat dans l’Etat ?

Le Compromis de Bougival (2025) négocié sous l’égide de Manuel Valls prévoit :

Pour les non-indépendantistes, c’est la panique !

Enjeux constitutionnels :

F. Bouteille a souligné la nouveauté juridique de créer un « Etat dans l’Etat » et évoqué
l’intérêt des autres territoires ultramarins pour ce modèle :

Mais ils n’ont pas d’armée, pas de police. Et la Chine en embuscade.

Défis géopolitiques :

Les ingérences étrangères, notamment l’initiative de Bakou (Azerbaïdjan) fédérant
les mouvements autonomistes ultramarins 

En conclusion, il est urgent de poursuivre la mise en œuvre du compromis de Bougival malgré les difficultés politiques. F. Bouteille exprime ses inquiétudes concernant le remplacement de Manuel Valls, ce qui compromet la continuité du processus de négociation.
L’enjeu principal reste d’éviter de nouveaux cycles de violence en trouvant une solution institutionnelle durable qui respecte les aspirations des différentes communautés calédoniennes.

Questions

Est-ce que ça peut s’étendre à tous les Outre-mer, les Corses ?

Les Maorais ont choisi par référendum. « On veut rester dans la République ! ». A Mayotte on laisse entrer plein de monde ! En 2024, ça craque de toutes parts.

En Guyane, les Amérindiens voudraient des droits, « Vous avez ceux des français ! » Mais ça ne leur convient pas. Ils ne se considèrent pas reconnus pour ce qu’ils sont !
La Communauté Française, n’a duré que 2 ans. Les Amérindiens ont été abandonnés à la drogue et à l’alcool. Eux ne demandent pas l’indépendance ! Il faut permettre l’intégration, leur transférer des compétences. Sur le fleuve Maroni, les populations sont sans état civil, dans des situations inextricables. On essaie de faire des « conseils du fleuve » … Une immigration venue des Grands Lacs vient à Mayotte. 

Il faudrait créer une identité nationale, une communauté, un sentiment d’appartenance. On a envie de faire le pari de la confiance, mais la violence nous rattrape. La coutume est très importante, chacun se barricade.

Notes prises par Sylvie Cadolle